240. fièvre

Je sais exactement où et comment j'ai attrapé la fièvre, une sorte de grippe insidieuse qui a commencé un peu hier après-midi et qui a monté en flèche cette nuit. Je me soigne. J'essaie de lire mais ça ne marche pas, j'ai trop chaud ou encore je frissonne et les yeux piquent. En plus, tous les muscles font mal, surtout quand je respire, je ne trouve plus mon souffle. Je me suis assise un peu sous le soleil du matin. Nausée. Même pas envie d'écrire. La tête [me] tourne.

Et puis ma maison d'oiseaux est vide : adios los zozios, le chat a tout chassé, vidé, mangé, nettoyé, roté. Après il s'est couché et depuis, il dort ce salopard. Mais je lui en veux pas, il fait sa vie de chat, j'imagine qu'il a pas le choix. Tiens, je vais me coucher aussi pour quelques jours, le temps de guérir cette crève.

10h47. Pas réussi à dormir. La fenêtre de ma chambre donne sur la cour intérieure. Je suis au troisième étage. C'est shabbat. Donc les quinze petits-enfants de ma voisine du rez-de-chausée jouent dehors et font un boucan d'enfer vêtus de leurs plus beaux habits pendant que les pères chantent et chantent leurs prières. Phénomène métaphysique : si on crie dans un cornet ou dans une tour, les sons montent et s'amplifient, sauf que je suis pas sourde.

Plus de lait. Bu du café noir. Amer. Sucré à l'os. Grignoté des crackers salés avec beaucoup de beurre [salé] pour contrer le mal de coeur. Mangé des dizaines de comprimés d'échinacée pour combattre l'infection en priant pour que ça marche. Pris un bain chaud à l'eucalyptus en priant pour ne pas développer d'allergies, j'ai la peau sensible comme du papier de soie. Pas la force de sortir acheter les journaux. Me suis abonnée à la version pdf du Devoir. Phénomène d'optimisation : si je meurs de la pneumopathie atypique ou d'une autre saleté de maladie avec un nom d'insecte qui pique, au moins, je mourrai informée.

Installé une rallonge au fil qui me relie au web : le portable [lire l'internet] est maintenant dans mon lit. Le Devoir aussi. Pratique.