236. love blanc

Certains jours, les mots sont blancs. Souvent je les vois jaunes ou verts, mais les mots sont de toutes les couleurs. Parfois je dis que lorsque la pluie du printemps tombe lourde, chaude et longtemps comme hier et aujourd'hui, je peux entendre pousser les fleurs. C'est un peu vrai. Même si ce n'est qu'une image. On ne peut rien faire aux images, elles sont si fortes et insistantes, elles se nichent creux dans le cerveau. Difficile de déloger celles qui font mal, vaut mieux les laisser se transformer en quelque chose de doux. Et rêver.

L'autre jour j'ai dîné avec S. et K. à la Cité Impériale, un restaurant du quartier chinois, au coin de Saint-Laurent et La Gauchetière. Pendant que je goûtais pour la première fois les mini-crêpes dont j'ai oublié le nom et le café vietnamien du patron, S. a pris un de ces petits carrés de papier blanc que je traîne toujours avec moi pour prendre des notes et elle a fabriqué une toute petite cigogne en origami qu'elle m'a offerte après avoir dessiné le signe ai en chinois sur une aile. Après, K. a fait des photos de l'oiseau. Vendredi il a dit je ne sais plus où elles sont. Peut-être qu'elles se sont envolées au Japon. On ne peut jamais savoir où vont les oiseaux. C'est comme les images dans la tête.