230. cinq titres, peut-être

Je me suis laissée déporter là-bas sous l'insistance de vos questions tendres, me retrouvant seule dans le soleil d'Isla Mujeres, seule avec ce désir de vous, abandonnée déjà et marchant dans le sable des heures durant. Les choses se font et se défont. Je suis dans vos bras et vous me ramenez là-bas que je n'ai voulu raconter à personne.

Tendre mardi de mai. J'avais chaud de cette bonne chaleur qui entrait en moi et n'en sortirait jamais, dans ce sentiment que rien ne pouvait plus m'atteindre, je prenais place au-delà de ce rêve. Il y avait aussi la petite histoire, celle qui dit que je suis partie encore une fois pour toujours, mais cette fois en laissant la porte ouverte avec la rosée qui lèche mes orteils sans peur du noir. Avoir laissé la porte ouverte comme dans un moulin. Elle dit qu'elle est si loin de vous si loin que vous ne pouvez pas savoir, personne ne peut savoir comment c'est bon de partir marcher pieds nus dans le grand parc pour s'éloigner de la brutalité qui tue l'essence, l'essentiel.

Ces derniers jours j'ai nettoyé une partie de la maison à fond, je l'ai fait pour le plaisir de laver les planchers à grande eau, avec l'envie de caresser un par un les livres de la bibliothèque en lisant quelques pages au passage, pour faire briller les vitres et pour après dire c'est fou on voyait plus dehors. Un autre mardi doux couché dans l'herbe chaude avec l'odeur sucrée des premières fleurs de lilas à peine éclatés et qui monte pourtant douce insistante, choquant et frais mardi à travailler toute la journée dans ce désir d'écrire camoufflé quand je me réfugie dans le maquis de mes propres mots. J'écoute un concerto de Sergei Rachmaninov qui tourne et tourne en rond longtemps. Et puis partir tout de suite après retourner marcher dans le parc désert.

J'ai changé quelques meubles de place, biffé un à un les items de la liste de choses à faire et quand tout fut rayé, j'en ai commencé une nouvelle sur une grande feuille de papier quadrillé. Écrit cinq articles importants, l'essentiel, avec les titres en caractères gras et des petites notes soulignées.