229. rue Bernard

Levée tôt, j'ai apporté le plateau dehors et bu le café au soleil. Toutes les feuilles des arbres sont poussées, mais pas encore à leur pleine grosseur. Quoique j'aurais bien des raisons ce matin d'être triste et surtout déçue, je me sens en paix et sereine. La nausée d'hier soir a vite disparue après une séance de deux heures dans la baignoire remplie d'eau bouillante parfumée de bain moussant à l'extrait de genévrier. Pas surprenant, voici ce qui est écrit sur l'étiquette et qui fait du bien rien qu'à le lire quand on a pas la chance de tremper dedans, l'effet est magique. Si vous en voulez, ils en vendent chez Mission Santé, rue Bernard. Alors voici, for a stimulating effect :

Reconnu depuis fort longtemps pour ses propriétés purifiantes, le genévrier, grâce à son arôme frais et boisé, stimule l'esprit et aide à réduire le stress. Le massage lors du bain augmente la circulation sanguine, donne à la peau plus de fermeté et peut aider à combattre la cellulite. Ce bain contient l'extrait et les huiles essentielles aromatiques de genévrier et de plus son pH neutre en fait un produit doux pour la peau.

Oui, la peau aime la douceur. La peau ne sacrifiera aucun des plaisirs du corps qui la gardent en vie sur l'autel d'une relation platonique avec l'eau du bain. Ne sont-ils pas aux petits soins pour le consommateur, ces chers fabricants de bain moussant, qui ajoutent,

Petit conseil : Utilisez nos bains moussants aux extraits de romarin et de genévrier ensemble pour une sensation revitalisante accrue.

OK, j'y vais tout de suite. Que fais-je aujourd'hui à part écrire, finir le grand ménage et puis aller voir Vuillard. Malheur, le musée est fermé le lundi. Mon maître postimpressionniste m'attendra-t-il ?

cochon_ding.gif

Pour lire la suite... cliquez sur le petit cochon et postez votre contribution. Nous acceptons les cartes de crédit [je sais, ma blague n'est pas drôle mais je sens que quelques blogueurs à l'égo gonflé à bloc sont sur le point de le faire]. En attendant, c'est congé, vite, un autre café '~'

Lu par hasard :

Une légende sibérienne — reprise par Schopenhauer — met fort opportunément en scène des hérissons pour théâtraliser [l']éthique de la distance idéale. Deux animaux se trouvent dans un endroit désert et gelé. La neige épaisse et la glace abondante les contraignent au grelottement, au péril et au risque de la mort par le froid. De sorte qu'ils se rapprochent, se côtoient physiquement, et finissent par se réchauffer — mais pour ce faire, ils se touchent, puis se piquent. Afin d'éviter la piqûre, ils s'éloignent, prennent de la distance, se séparent — mais se mettent à nouveau à éprouver la morsure du climat. Excessivement proche d'autrui, ou trop éloigné de lui, les risques négatifs paraissent semblables : un écoeurement de déconvenue et de solitude, une nausée de désappointement ou de réclusion, une lassitude, un désenchantement, un dégoût généralisé. [Michel Onfray : Théorie du corps amoureux]

Onfray n'en reste pas là, il propose une certaine arithmétique pour en arriver à calculer la distance idéale et hédoniste dans laquelle on ne souffre ni de la présence abondante ni du manque cruel de l'autre. Mais ceci n'est possible qu'entre des personnes de loyauté et de capacités éthiques semblables.

Ne plus vouloir se laisser travailler par le désir, laisser le désir vous déserter de peur d'en souffrir un jour plus tard ou demain, ou pour n'importe quelle autre raison bien-pensante, c'est accepter de devenir un monstre de béatitude sotte et niaise. Cela revient à s'enfermer dans l'impuissance, la frigidité et la sénilité avant son heure ; c'est la mort à soi-même et un adieu formel à l'écriture. Il n'existe pas de complot pour vous duper hormis celui que vous tramez méticuleusement contre vous-même entre deux lignes de coke.