222. cassure

Il me reste quelques photos d'hier. Après trois heures, fin du May day Project. J'ai fait autre chose. Et puis je n'aime pas les photos que je fais avec la quickcam, les couleurs sont fades et les contours mous.

Depuis mon réveil ce matin, je contemple cette nouvelle évidence qui m'est apparue comme une sainte vierge en plastique fluo au fond de la garde-robe de ta soeur : l'amour n'existe pas. La haine non plus. Ni le temps. Ni rien. Ce ne sont que des constructions mentales qui permettent de s'approprier des bébelles culturelles, de faire partie d'un certain ordre convenu que la société veut se donner, incluant le contrôle sur l'art et la pensée, le plaisir et la liberté individuelle.

Tout se passe comme quand tu arrêtes de croire en ton Dieu pour vrai, n'importe lequel. C'est une cassure nette, soudaine. Il n'y a pas de retour en arrière possible. Je ne dis pas que ce n'est pas douloureux même si cela surgit de manière tout à fait apaisante et libératrice à la manière d'un feu d'artifices défendu. Tu ne te sens coupable de rien et en rien. Mais tu veux y réfléchir encore. Tu reconnais la profondeur de la fissure, la perte de cette croyance qui t'ancrait au coeur du monde. Mais qui finalement ne dépassait pas l'épaisseur de ta peau.