221. fringale journal

10 mai à 9 heures du matin,

Fenêtre du matin, rue Hutchison, devant la naissance des feuilles du vieil érable le 10 mai 2003

Je suis levée depuis huit heures avec l'envie du journal et c'est la faute à ce soleil qui brille trop fort. Le ciel de Montréal est encore une fois clair et lumineux, si bleu. Les bébés feuilles du vieil érable sont friponnées, d'un vert rougeâtre et je les imagine collantes de sève puisqu'elles sont sorties de leur cocon pendant la nuit. J'aurais aimé être là mais je dormais comme un loire. Cette nuit fut sans rêves.

Ce matin, visite chez le coiffeur, ensuite je crois bien que je vais participer au May Day project. Envie d'écrire ma journée en images. Et qu'elle dure le plus longtemps possible. J'ai des livres à lire et des milliers de choses à faire. Une à la fois si possible.

10 mai à midi,

il était une fois des cheveux fraîchement coupés, mais pas trop, et puis...

Pendant que Claude coupait [mais pas trop] et appliquait des lotions et des crèmes douces et odorantes, après qu'il m'ait raconté la suite de son histoire, que définitivement je n'écrirai pas de peur de lui porter quelque malchance, j'ai lu 38 pages de Michel Onfray : Théorie du corps amoureux. Retenu cette phrase : « [...] le désir est naturellement polygame, insoucieux de la descendance, systématiquement infidèle et furieusement nomade. »

Pendant que Claude appliquait le dernier traitement à mes cheveux fous, juste avant que je n'enlève la toge en satin doré, il a dit l'air vaguement inquiet : allez-vous vraiment lire trois livres aujourd'hui ? J'ai dit oui, entre autres choses. Mais un à la fois. Pas le choix, c'est de la philosophie.

10 mai à 3 heures de l'après-midi,

...des fruits près de l'ordinateur, avec une bouteille de vin. Blanc.

Voilà. J'ai trop attendu. Trop tard pour m'inscrire au May Day project. Tant pis, j'ai continué pour moi toute seule. J'ai presque fini de lire Théorie du corps amoureux. Un autre passage à recopier sinon je vais l'oublier :

Nul besoin de parasiter le moment présent de considérations oiseuses sur les regrets et les devoirs en matière d'action, les causes ou les conséquences d'un geste, d'un mot, d'un propos, les suites à donner nécessairement à l'histoire momentanée : que triomphe la pure volupté de l'instant, l'unique réalité du présent.

Quoi qu'il en soit, le portable a de la compagnie et moi j'ai de quoi boire et manger : j'ai fait mes courses. Maintenant, guess who's coming to dinner ?