198. coquillage

Un jour, le vent s’est levé et il y a eu un gros orage. Au matin, j'ai trouvé un creux confortable dans un rocher et je me suis reposée auprès de mon ange blessé. Sa voix me parvenait de loin et apaisait les dernières violences de la tempête. Si j'avais eu assez de forces, je me serais levée tout de suite et j'aurais ramassé les coquillages et autres débris charriés par la mer en furie, pour nettoyer la petite plage coincée entre les grosses roches froides et noires. Autour de moi, les objets faisaient semblant de rêver, j'ai dit o.k., et je me suis endormie. Je les ai laissés faire la fête et valser. Puis, à mon réveil, tout avait été nettoyé. Il ne restait plus qu'un gros coquillage rose-jaune, énorme, qui se lovait autour de ma main droite. Il m'a dit d'aller me baigner dans la mer. J'y suis allée. Je me suis couchée sur le dos et je me suis laissée flotter et dériver longtemps, le regard perdu dans les nuages. Quand je flotte sur l'eau de la mer, sur le dos, je renais. Je refais me forces. J'en ai besoin pour être moi et maintenir ensemble les parties de mon être. Ainsi, je consiste. Je reconstruis mon mur de protection. Après, je retourne me coucher, épuisée, et je dors une partie de l'après-midi dans la chaleur de ce magnifique soleil d'avant printemps. Ce soir j'ai envie de rien du tout alors que je suis presque morte de fatigue après la nuit à écrire et la journée à flotter, à dormir et à parler avec vous sur la plage.