193. isatis

ISATIS n. m. - 1740 ; mot gr. « pastel » (1765) Renard polaire à la fourrure grise en été, blanche en hiver. Renard bleu. « le renard bleu, connu zoologiquement sous le nom d'isatis [...] est noir de museau, cendré ou blond foncé de poil, et nullement bleu » (J. Verne)

P. me dit que « isatis c'est joli, aussi joli que goupil, et plus féminin. » J'aime bien le mot isatis, et j'aime aussi goupil. J'aime les deux, je garde les deux.

J'ouvre une parenthèse aux histoires de mon oncle Charlemagne. On ne comprend pas. Comprendre. Je serais portée à dire c'est pas grave de pas tout comprendre ce que je ne comprends pas toujours moi-même. Est-ce qu'on écrit pour tout comprendre. Est-ce qu'on lit pour tout comprendre. Je ne crois pas. Il ne faudrait peut-être pas en arriver là. Mais il est difficile de passer par-dessus de telles réflexions.

Les lecteurs, on ne peut pas les oublier et on n'écrit pas directement pour eux, enfin avec le temps, on se fait un ou des lecteurs en dedans, des méchants et des gentils, des indifférents et d'autres, il y en a de toutes les sortes, et au moins un, le plus fort, celui qui t'aime le plus et qui t'encourage tout le temps, qui dit vas-y dis-le écris comme tu cries comme tu veux. C'est bon d'arriver à avoir ce lecteur à la fois aimant et critique en dedans de toi et de trouver ce que toi seule pourra arriver à écrire avec tes propres mots, pas ceux des autres, c'est difficile à expliquer et on écrit pour soi à travers eux, on a toujours besoin des autres pour écrire ou pour faire n'importe quoi.

Avoir des lecteurs tout de suite ça aide à écrire, c'est très stimulant, et il ne faut pas trop essayer de se mettre à leur place non plus, c'est un peu comme s'imaginer parler devant des gens et faire abstraction qu'ils sont là, pour mieux se concentrer pour les rejoindre, ou encore c'est comme jouer à colin maillard les yeux bandés et marcher en tâtonnant, une fois tu touches une personne, une fois tu crois qu'ils sont tous partis et une fois ils t'entourent et te serrent dans leurs bras et ils te font du bien et puis les jours où tu touches le vide autour de toi et que tu ne sens rien, tu penses qu'il n'y a plus personne mais c'est précisément à ce moment-là qu'il faut « savoir » qu'ils sont là malgré tout, c'est juste parce qu'on a un bandeau sur les yeux qu'on les voit pas, et finalement, je crois que c'est jouer à collin maillard, écrire.

Je dois avoir de la fièvre, ce matin. Je me suis amusée avec Paint Shop hier et j'ai réussi à mettre un cadre sur la tête de mon renard d'avant hier, ça lui donne l'air presque humain et j'imagine les lecteurs qui vont rire et d'autres qui vont dire elle est cinglée celle-là et d'autres qui vont dire que c'est stupide ou insignifiant et d'autres seront totalement indifférents et c'est ça que je veux : m'amuser à mettre un cadre sur la photo de mon renard comme si c'était une vraie personne et qu'il reste un vrai renard quand même. C'était important de faire cette image-là, je l'avais « vu » avec la tête dans un cadre doré et j'avais besoin de la créer, et puis de l'exposer ainsi aux regards comme s'il était sur un mur de la maison parce que c'était comme ça que je pensais à lui. Au fond, on fait ça aussi quand on écrit. Écrire c'est mettre un cadre sur la photo d'un renard.

Je dois faire de la fièvre pour écrire des choses comme ça. Je reprendrai les histoires de Charlemagne plus tard.