138. la cache

cheveux

Au fond, tout au fond de la vie secrète, au petit matin quand je passais la nuit dehors, la nuit debout à vous chercher partout, votre voix chaude et rauque revenait de loin jusqu'à mon oreille. Et mon esprit chavirait et je sombrais dans votre chaleur d'avant, solidement amarrée à ce vous qui avait coulé à pic dans nos rêves. Ma peau et mes sens avaient gardé mémoire et je retrouvais aisément votre souffle dans mon cou et votre grand corps ambré qui m'aimait comme on fait sa prière, en cachette d'elle, votre femme légitime, dans le seul endroit du monde que je partageais avec vous, au bord du fleuve vous étiez là, les cheveux emmêlés aux branches du saule, ils vous tressaient une couronne pendant que plus rien n'avait de sens nous faisions l'amour au petit jour debout appuyés aux arbres. Je m'en souviens, l'étoile brillait encore. Dans ma vie secrète, je tendais les bras vers vous, vous ne cessiez jamais de partir et revenir et vous aviez un sourire heureux à l'enfant que je portais dans mon ventre quand vous disiez il aura vos yeux et je ne savais plus le bien ni le mal et je cherchais le vrai du faux dans le secret. Et un jour l'enfant dirait aide-moi, tiens-moi, retiens-moi, sinon je me perdrai au loin et la vague m'emportera. Ne pleurez pas je vous en prie vous êtes loin et fermé et personne ne caressera doucement celui qui veut mourir tout seul. Ce n'est pas aussi simple la vie la mort l'amour. Pas simple du tout et pourtant on n'a pas besoin de le penser pour que cela existe. Dans ma vie secrète je ne disais plus hier ni demain ni maintenant à l'oiseau. Je me taisais. Dans la sagesse des chiens mon âme chevauchait, errante dans la foule empesée et bouillonnante.