186. pourquoi les fleurs

Claquin : une rose

Il y a des jours je perds toutes mes images de fleurs. Trop fragile. Trop triste. Pourquoi ? Cette maudite guerre et caetera. Je veux rentrer dans ma coquille pour ne plus en sortir. Dimanche je ne voulais même pas aller dehors. Ça va passer.

J'ai lu la page du dimanche d'Emma, cette page qui parlait de guérir avec des fleurs et ce jour-là, au même moment, j'écrivais [je le jure on s'était pas parlé avant] qu'on ne se guérit pas avec les mots qu'on écrit dans un journal online, et que c'est pas surtout pas pour me faire « du bien » à moi [nausée] ni pour faire « le bien d'autrui » [re-nausée] que j'écris. J'écris parce que je ne sais pas vivre autrement, et parce que je mourrais si je ne le faisais pas. Écrire ça n'a jamais été pour faire du bien, c'est pour faire n'importe quoi sauf ça : déranger, réveiller, et, et... Le bien et les bien-pensants ça sert à quoi ? Se sentir trop bien ne serait-ce pas s'endormir-mourir ? Autant prendre des pilules ou de l'alcool qui cogne, non ? Mais là n'est pas la question. La seule question c'est : pourquoi les fleurs ?

Si les fleurs consolent et font du bien et parfois du mal aussi, elles ne sauvent personne, elles rassurent et donnent du plaisir aux sens, du rêve, et de l'évasion ou même de l'espoir... et si elles guérissent le corps avec ce que l'on en extraie pour faire des essences et des élixirs, des infusions, des parfums, et des médicaments [c'est bon – encore mieux –], c'est tout ce que je sais. Mais je doute : en pleine guerre, les fleurs, elles font quoi pour arrêter les bombardements ?

Ces jours-ci les fleurs me donnent la nausée comme le reste, mais au moins elles n'inspirent et ne sèment pas la guerre ni la haine — peut-être donneront-elles l'opportunité à quelques génis [sic] oubliés d'exprimer leur irrréductible et néanmoins fort « viril » mépris, eux les derniers et valeureux défenseurs et chauds partisans de la riposte sans vergogne à coup de tapes sur la gueule et qui trouveront toujours puérile cette histoire de fleurs — : je me demande « néanmoins » pourquoi ils vous lisent, euh? – Mais c'est pas grave. Le mépris et le ridicule ne tuent pas. Enfin, pas moi. Les insultes et le dénigrement non plus. C'est un peu humiliant sur le coup mais bon. Maman disait souvent : « quand on vaut pas une risée on vaut pas grand chose ». Bref, écrire, c'est mieux quand ça dérange. Les fleurs dérangent. Les oiseaux aussi. C'est très bien comme ça. Et ne me demandez pas comment ça se fait, je ne sais pas. J'y réfléchis.

Quoi qu'il en soit, il se passe de bien drôles de choses dans le monde et à Montréal c'est fort étrange, comme ailleurs, et ça n'arrête jamais, et je sais que je ne suis pas la seule à être bouleversée et surtout triste avec tout ça. Triste. Ce qui me rassure c'est que je n'ai pas peur. Il y a une femme quelque part sur la terre qui a écrit sur l'internet qu'elle était triste et qu'elle a planté des fleurs dans la pluie avec de l'eau qui dégoulinait dans son cou, et c'est ça. Planter des fleurs. Continuer malgré tout. Je ne sais pas comment ni pourquoi je veux et peux le faire ni comment je vais y arriver : c'est marcher sur le chemin du coeur, le dos droit et le coeur en avant.