185. une sorcière comme les autres

un thé rouge sucré, lady A ?

La fatigue, le travail, les conflits, ce qui ronge et qui inquiète, la guerre, ce qui gruge et qui fait du chagrin se couche toujours avec le soleil et ça se réveille la nuit et ça joue avec les limites du dedans et du dehors et le matin ça revient et certains matins je me retourne vers l'intérieur fragile et vacillante. La fragilité est là comme un volcan endormi et la psy à la radio dit c'est la souffrance enfouie, je dis c'est un torrent et on ne guérit pas de ça ce n'est la faute de personne si on ne guérit pas et guérir c'est un mythe et la psy à la radio décrit cette souffrance et la fragilité avec l'image que j'ai du volcan endormi ; comment peut-elle savoir ce qui est au dedans [elle doit être un peu sorcière] elle dit la fragilité c'est le terreau de la création sinon le volcan risque d'entrer en éruption.

Quand c'est comme ça la grande fragilité et le torrent et le volcan endormi la psy me disait autrefois écrivez. Quand ça va pas je me dis écris, écris, on s'en fout que tu pleures. Et ce n'est pas en écrivant un journal sur l'Internet qu'on peut se guérir ni se connaître mieux, évoluer, grandir, et tout le tralala. On ne guérit pas de soi. Être et vivre c'est pas une maladie et la peur et la souffrance, l'angoisse, la fragilité non plus, c'est là et c'est tout.

Ce n'est pas Soi qu'on offre au regard de l'autre quand on écrit, c'est des mots et ce sont les mots qui évoluent et qui grandissent sur la page ou dans le livre ou le site web les mots s'accumulent et c'est avec les mots que les lecteurs sont en relation, pas avec Soi, Moi ou Toi ou Vous. Une fois que les mots sont écrits chacun qui lit y prend ce qu'il veut mais il ne peut pas avoir, capturer l'auteur. Toute cette histoire n'est qu'illusion et c'est marcher sur un fil au-dessus du vide que de se nourrir de cette illusion que les mots sont à eux seuls capables de représenter la personne qui écrit. J'aime voir savoir le jeu, et l'illusion, j'aime l'idée que de soi on ne se guérit pas si on s'aime voyons quelle idée, je me nourris de la lave bouillante du volcan qui me nourrit [aouch c'est chaud ça brûle] en retour pour laisser se créer la fiction. Et la fragilité, ça me va comme du thé de cynorrhodon.