176. il me reste si peu de temps

Domi _fleur jaune

Mon sombre amour d'orange amère
Ma chanson d'écluse et de vent
Mon quartier d'ombre où vient rêvant
Mourir la mer

Mon beau mois d'août dont le ciel pleut
Des étoiles sur les monts calmes
Ma songerie aux murs de palme
Où l'air est bleu

Mes bras d'or mes faibles merveilles
Renaissent ma soif et ma faim
Collier collier des soirs sans fin
Où le coeur veille

Est-ce que qu'on sait ce qui se passe
C'est peut-être bien ce tantôt
Que l'on jettera le manteau
Dessus ma face

Coupez ma gorge et les pivoines
Vite apportez mon vin mon sang
Pour lui plaire comme en passant
Font les avoines

Il me reste si peu de temps
Pour aller au bout de moi-même
Et pour crier Dieu que je t'aime
Je t'aime tant, je t'aime tant

[Aragon Louis & Ferré Léo]

En écho à cette page d'hier, elle m'écrit : « C'est vrai votre journal est un des meilleurs et sûrement le meilleur pour moi, je ne les lis pas tous, il y en a trop, peut-être se cachent des perles, tant pis, mais le vôtre est un des plus exigeants et émouvant, touchant, attachant... »

Mais je n'allais pas à la pêche aux fleurs quand j'ai écrit ça. C'était même exactement le contraire. Je continue de trouver cela dément et prétentieux que d'écrire moi-même que j'ai un excellent journal, alors c'est très difficile de ne pas effacer tout ça, ces mots d'hier, et je me retiens de pas tout effacer – mais j'ai fait exprès de l'écrire comme ça, exprès pour me dominer et me tenir debout devant moi-même, droite et fière, et pour laisser là cette déclaration, c'est terriblement difficile, et je le fais comme un exercice d'affirmation et je n'arrête pas de penser que ce n'est pas bien et qu'est-ce que les gens vont dire que je suis prétentieuse orgueilleuse et tant pis, ça me fait bizarre d'affirmer cette chose et ça me trouble et je vais laisser là les mots qui me changent simplement parce qu'ils sont là et que c'est la première fois. Ainsi j'aurai peut-être envie de recommencer.

Je cherche à me convaincre de laisser tomber l'importance des jugements des gens que ce soit dans un sens ou dans l'autre. Parce que quand une personne m'écrit pour dire du bien du journal, j'aime ça et je la crois et ça me donne des ailes, mais si une autre personne écrit pour dire que telle page est moche, je le crois aussi et ça me démolit et je voudrais me cacher dans un trou et ne plus écrire jamais. Je veux me guérir de ça et c'est pour cette raison que dorénavant je vais déclarer que j'écris un excellent journal, un des meilleurs du web. Après tout, il y a des écrivains totalement nuls et moches et qui écrivent un journal tout aussi moche et qui se croient excellents et meilleurs que les autres, alors ? Et puis j'ai aussi un grand ami qui écrit comme un dieu tellement il touche au coeur avec ses mots et cet homme continue de croire qu'il écrit comme une merde et j'aimerais tellement qu'il change cette opinion qu'il a sur lui-même parce que j'ai mal pour lui quand il dit ça parce que je sais bien que ça l'empêche d'écrire comme il voudrait. Alors je me suis dit que si moi je change, si je donne cette image et que j'y crois, si j'apprends à croire en moi vraiment, en retour, peut-être que ceux qui aiment me lire apprendront aussi à avoir confiance en eux et dans ce qu'ils écrivent.

Et puis j'ai collé des fleurs pour vous, faut quand même tenir ses promesses : un excellent journal, écrit sur fond blanc, et puis des fleurs bien sûr. Des jaunes d'orange amère, juste pour vous.