172. in novam infantiam

petit dragon

Petit reptile, serpent avec des ailes, dinosaure du mézozoìque que personne n'a jamais vu. Tu survis et dépasses les limites du monde humain, atteignant les couches profondes de son histoire évolutive où sont conservées toutes les images. De toi je reçois force et discipline pour vaincre le désordre. Ils disent qu'il faut t'affronter comme une figuration de la mère archaìque et j'ai plutôt envie de me laisser charmer par toi, petit dragon, pour me défaire des chaìnes humaines trop lourdes à porter sur l'âme. Tu te bats pour moi et tu me délies, me délivres, en me faisant renaïtre in novam infantiam. Je t'offre mes mains ouvertes et tu les remplis avec l'or des alchimistes. Je te laisse toute la nuit jouer avec mes perles et au matin je bois le soma avec toi dans une coupe dorée. Reste un peu là.

      L'homme qui mène promener son renard au bois de Boulogne est à coup sûr un brave homme. Il croit faire plaisir au petit renard, qui fut peut-être son compagnon de tranchées, et qu'il apprivoisa au son affreux des bombardements. L'homme au renard, que son captif suit caninement au bout d'une chaîne, ignore que le renard n'est, en plein air, dans un décor qui peut lui rappeler sa forêt natale, qu'un esprit égaré et plein de désespoir, une bête aveuglée par la lumière oubliée, enivrée d'odeurs, prête à s'élancer, à attaquer ou à fuir, – mais qui a le cou pris dans un collier... Sauf ces détails, le bon petit renard apprivoisé aime son maître, et le suit en traînant son rein bas et sa belle queue couleur de pain un peu brûlé. Il rit volontiers, – un renard rit toujours. Il a de beaux yeux veloutés, – comme tous les renards, – et je ne vois rien de plus à dire de lui. [Colette]