160. je ne relis pas hier

Non, je ne relis pas la page d'hier soir. Et je ne couperai pas non plus. J'y ai beaucoup pensé avant de m'endormir, j'ai eu un peu honte et encore peur d'étaler ainsi des sentiments qui ne sont pas très brillants. J'ai songé à effacer le dernier paragraphe, à gommer, estomper encore une fois pour ne pas provoquer l'ire de ça. Et puis non. Je laisse les choses telles que je les ai écrites, et tant pis si cela ressemble à de la contradiction.

Je continuerai à me poser des questions sur ce qui se dit et ne se dit pas publiquement. Je ferai mon choix au jour le jour, et même si c'est très dur d'écrire librement, je veux y arriver. Ça se fait, puisque je l'ai déjà fait, mais dans ce temps-là j'étais plus forte. Je dis ça et pourtant il m'arrivait souvent d'avoir peur, et la différence avec maintenant c'est que, simplement, j'écrivais que j'avais peur et ça passait. Je veux me libérer des contraintes imposées par ça pour continuer d'avancer. Ça aura servi à quoi d'avoir vécu si on reste toujours caché dans un trou ?

08:15 AM. D'où me vient cette confiance soudaine ? Je souhaite que ça dure. Le rêve : ouvrir toutes les portes en tournant doucement la poignée, entrer sur la pointe des pieds, jeter un coup d'oeil dans la pièce en me tenant bien droite et fière. Et puis décider si je reste ou pas. Je me demande si je le veux vraiment.

L'été de mes seize ans, avec R., nous nous donnions rendez-vous au crépuscule devant la grille noire du cimetière. Au-dessus de nos têtes le ciel brillait avec ses premières étoiles et son croissant de lune en forme de sourire. Ou de clin d'oeil. Dans ma poche, j'avais un tout petit lézard jaune d'Indonésie. Et Les fleurs du mal.