159. [re]nouer

la renouée des oiseaux

Cette petite fleur blanche, c'est la Renouée des Oiseaux. Une jolie fleur sauvage toute simple et très tenace qui pousse n'importe où, même dans les fentes de trottoirs, ou entre les pierres. Je suis allée la cueillir dans les archives du journal, cet espace que j'ai construit un peu comme un scrapbook depuis l'an 2000 en collant des images ici et là et puis en écrivant des notes à côté de mes fleurs et autres objets trouvés au jour le jour. Je n'aurais jamais cru qu'il me serait un jour aussi utile et nécessaire que maintenant.

Le journal [celui-ci et l'autre en papier] fonctionne à la manière d'un sac à main magique géant. Parfois, je l'ouvre par hasard, ou pour chercher quelque chose de précis, et puis j'y découvre autre chose, un petit truc que j'y avais mis à l'époque et qui n'avait l'air de rien et qui soudain produit un écho significatif avec le présent.

J'ai donc retrouvé tout à l'heure la belle Renouée des Oiseaux et je l'ai importée ici ; elle agira comme un trait d'union avec l'avant. Toute la page m'a fait cet effet là. Quand j'ai relu la page 82 du printemps 2002, je me suis comme réveillée d'un long cauchemar qui m'engourdissait depuis plusieurs mois. J'écrivais beaucoup plus librement l'année dernière. Je ne veux pas dire que maintenant je me censure, non, c'est juste que les mots ne sortent plus tout seuls, c'est comme si j'étais continuellement muselée ou masquée et que je filtrais tellement mes pensées et réactions, et les mots, qu'à un moment donné le contenu disparaissait. Et je me dis qu'un jour si ça devait continuer comme ça, il n'y aura plus rien.

Quelque chose de pénible s'est produit et cela a duré trop longtemps, et ça m'a blessée, atteinte, en compromettant ma spontanéité et la fantaisie que je ne retrouve pas. J'avais peur et je me suis protégée comme j'ai pu. Quand c'est arrivé et chaque fois après, quand ça se re-produisait, je ne voulais pas et ne pouvais pas l'écrire cela ici, et je le gardais pour moi en me disant que le temps allait arranger les choses, que ça allait finir par me lâcher et puis que j'allais oublier. Eh bien ça m'a lâchée. Fiou. Je me sens tellement soulagée que je n'ose y croire. Sauf que j'ai encore peur et je n'oublie pas et c'est encore l'enfer. Mais je suis persévérante et tenace comme la Renouée et je sais que je peux arriver à me libérer sans trahir ni dénoncer, sans accuser personne. Je dramatise ? Pas du tout. Si je n'étais pas [encore une fois par hasard] tombée sur les mots de la page 82 en cherchant l'image de la petite Renouée, je n'aurais rien écrit ce soir.

J'ai beau dire que je sais ce qui m'empêche d'écrire librement, je ne sais pas encore exactement comment je vais y arriver. Le point de départ c'est peut-être de tout laisser sortir sans relire, d'un premier jet, comme je faisais en avril dernier et l'année avant, et comme j'ai toujours fait, finalement. Comme maintenant. Encore une fois, c'est la maudite peur qui me paralyse. Ce soir, la peur [et surtout le ça qui l'a fait naître], je lui fais un bras d'honneur vulgaire et violent. Et pourquoi pas ? Ça l'a bien mérité en tout cas. J'aurais dû réagir bien avant. Et je n'ai que faire du jugement de monsieur madame Tartempion et du politiquement correct. Royalement, je m'en fiche. On ne me fera pas courber l'échine. Cette peur-là qui m'empêchait d'être moi-même et d'écrire en paix, de vivre libre [c'est pareil], je vais en venir à bout en mordant à mon tour la sale bête qui m'a mordue. Un bras d'honneur ce soir, Sir ? Yes Sir !