152. la pause

Klimt

« Les poètes n'inventent pas les poèmes
Le poème est quelque part là-derrière
Depuis très très longtemps il est là
Le poète ne fait que le découvrir. »

Jan Skacel

Depuis mon retour de la campagne, je n'avais pas réouvert le manuscrit d'Épiphanie. Il restait pourtant si peu de travail à faire avant de le laisser aller, mais je sais que je « résistais » encore à l'idée de finir, ce qui revenait un peu à abandonner les personnages en les condamnant à tourner en rond dans un monde clos, fermé. Et je me sentais un peu down et ça commençait à m'inquiéter. J'appelais ça en riant mes blues du postpartum, sauf que... Et puis en réfléchissant encore j'ai compris que c'est tout à fait prévisible d'éprouver cela après des mois si intenses à construire cette histoire avec tout ce qu'il fallait mettre autour pour en faire un livre. Le down a passé. Je me suis réveillée hier matin et j'avais à nouveau l'esprit clair, le coeur léger. Alors j'en ai profité et j'ai fait tout le ménage de la maison et j'ai cuisiné un peu, je suis sortie. Et puis ce matin je me suis assise devant l'ordinateur, j'ai ouvert Word et je me suis mise à faire les dernières corrections et modifications au texte. Ça roulait. Je corrigeais une dizaine de pages, je relisais à l'écran et puis j'imprimais. Une fois un bloc de pages sorti, je relisais sur papier et ouf, ça allait. Enfin, je sais que j'y toucherai plus et le plus beau, la belle chose qui pouvait m'arriver est enfin là : j'ai hâte de le donner à lire à du monde, toute sorte de monde mais en premier, à mes amis, à ma famille et aux lecteurs et lectrices de ce journal qui m'ont écrit pour me le demander.

C'est fou, hier matin, j'ai eu un gros bogue avec la boîte à courrier de Mozilla et en essayant de réparer, j'ai perdu tous les emails archivés et il ne reste plus rien, j'ai tout tout perdu incluant les mails non encore répondus, et certains datent de quelques mois [je sais, je suis lente], j'avais néanmoins l'intention de répondre. Et maintenant, c'est trop tard. Je me souviens de certains mails, mais pas de tous. Dans un des mails, quelqu'un demandait qui j'étais et quelles étaient mes intentions avec ce site Love and Writing Project. Je réfléchissais encore à ce que j'allais répondre. Et à d'autres mails aussi je réfléchissais encore. Et il y a un autre bogue, voilà que l'imprimante s'en mêle, elle vient de me lâcher à la page 21. Toc. Je crois qu'elle est morte de sa belle mort, le chariot est complètement bloqué. Que faire ? Prendre une pause, aller dîner, et me reposer, profiter de ce qui reste de ce dimanche sucré et bien mérité. Et puis demain, trouver une imprimante qui fonctionne.

[Image : Gustav Klimt Art Gallery [magmacom.com]]