149. sept heures du matin

À sept heures du matin il fait noir, le jour n'est pas encore levé. Les vitres sont recouvertes de givre, sauf une bande de trois à quatre centimètres vers le haut, tout près de la croisée. Je m'approche et regarde par la petite ouverture. Une femme toute vêtue de noir marche rapidement dans le froid, penchée par en avant, la tête basse enveloppée de foulards sombres. On dirait qu'elle se sauve. Fait-il encore moins quarante, comme hier ? J'aime les grands froids. Quelques voitures glissent sur la chaussée luisante baignées des somptueuses vapeurs blanches, elles me donnent l'impression de sortir d'un rêve et l'envie de les caresser à pleines mains. Je place mon front contre la vitre gelée et j'y reste longtemps collée, épinglée comme une mouche ; peu à peu la fine dentelle étoilée fond et ma peau s'anesthésie à cet endroit-là. Je recule. Il y a maintenant sur la vitre une autre ouverture vers le dehors, une petite rondeur aux contours imprécis qui vient de moi, de ma chaleur, et le froid est sur mon front mais ce n'est pas froid, juste insensibilisé. J'aimerais trouver une vitre ainsi givrée à l'intérieur. J'y appuierais mon coeur. Pourquoi n'y a-t-il rien de froid en dedans ? Dans le corps, rien que du chaud, des liquides qui stagnent ou circulent, ne laissant aucun répit, - liquides intersticiel, intra ou extracellulaire, céphalo-rachidien, lymphatique,...[penser à dresser une liste complète, ces mots du corps sont trop beaux et on les néglige] -, et puis ce sang, ce sang si rouge.