128. le renard

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Voilà qu'il pleut. Et que je suis encore malade : virus. Je sais pas si Virus a déjà été utilisé comme titre de roman, mais ça en ferait un pas pire. Il y serait question entre autres de tout ce qui me donne mal au ventre dans cette vie que je continuerai toujours à trouver belle.

Ce matin, il pleut. Et comme je suis malade, je reste au lit. J'écris cinq minutes et je me recouche, le corps en ébullition. Je verrai bien si j'arrive à faire une page. Et si oui, combien de temps ça prendra. Sauf que le temps n'existe pas. Au travers de tout cela : séances à la salle de bain [que je ne décrirai pas ici].

C'est bien d'avoir de la pluie en hiver. La neige fond et on peut voir à quel point cette ville est sale. Je crois bien que si Montréal n'était pas aussi sale, je pourrais pas l'aimer. Mais quand je dis sale, c'est un bien grand mot. C'est juste des détails ici et là : sur le trottoir, rue Jean-Talon hier matin, j'ai vu un condom [pas neuf], du vomi, des bouts de cigarette, des tessons de bouteilles, des crottes de chien et différents bouts de papiers, et une boucle d'oreille en or vrai. Tout ça à trois pas d'un macdo. J'ai gardé l'anneau d'or. Et maintenant, je cherche partout dans Montréal, je cherche le renard qui l'a perdu. J'ai mis quelques sapins pour l'attirer. Et j'ai pensé lui recopier un passage du Petit Prince... qui avait réussi à l'apprivoiser. Peut-être que ce mot ne prend qu'un seul p ? M'en souviens plus. Je verrai bien dans le livre.

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Pas trouvé le livre que je cherchais. Mis la main sur Le Sorcier des truffes, mon renard devrait aimer ça, que je lui fasse la lecture à haute voix :

Plusieurs fois, la mère a cuisiné une dinde farcie à la truffe. Je ne me souviens pas quelle en était l'occasion. Je me rappelle seulement de cette peau dorée à point découpée au couteau par le père. Du farci, ail, persil, pain, oeufs, lard et truffes hachés menu, et de l'arôme de cette chair imprégnée de toutes ces senteurs.

Même après tant d'années, j'ai encore dans la tête et sur la langue ce bouquet fabuleux : c'est ce qui reste de l'enfance, lorsque l'on a tout oublié.
[Colette Laussac]

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Pas encore retrouvé Le petit prince. Qu'à cela ne tienne. J'ai relu La ferme des animaux. L'image est celle de la page couverture [L'intrigue, de James Ensor], pour mon ami le renard :

Douze voix coléreuses criaient et elle étaient toutes les mêmes. Il n'y avait plus maintenant à se faire de questions sur les traits altérés des cochons. Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l'homme et de l'homme au cochon, et de nouveau du cochon à l'homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l'un de l'autre.
[George Orwell]