118. les livres

Une fois encore, j'écris juste pour vous. Mais mon plan n'a pas marché, il ne marchera pas. Jamais. Je ne pourrai pas vous raconter ma vie et effacer toutes les pages si un jour je vais mieux. Ou les laisser là pour que vous les trouviez un jour quand je ne serai plus là. Mon plan ne marchera pas puisque vous avez déjà lu « l'essentiel » et quelques pages d'avant. Encore un coup du hasard.

Hier soir, après avoir lu ce journal, mon cher D., qui disait ne plus vouloir le lire jamais, m'a téléphoné. Il m'a demandé de ne pas écrire en ne m'adressant qu'à lui. Je ne peux pas. Il dit que les lecteurs n'aimeront pas ça. Et après ? Je n'écris pas pour qu'on aime ça.

Il me demande d'écrire sur du papier, et pas sur l'Internet. Je ne peux pas. Pas maintenant. Il dit que ce journal est en train de me bouffer. Il n'aime pas ce journal. Je n'ai pas touché au roman depuis une semaine. Je suis trop triste pour travailler la fiction ces jours-ci et j'ai choisi de vivre le spleen au lieu de le fuir. Et puis écrire du neuf. Les émotions ne sont pas des sorcières que l'on chasse à grands coups de balai. Il me faut écrire, écrire à tout prix.

Ce soir, je me fabrique une devise en m'inspirant d'un documentaire sur les crevettes primitives [à traduire en russe dès que je serai capable de le faire] :

Mourir temporairement. Me réveiller quand vivre en vaudra la peine.