114. nocturne

La vraie première neige de l'hiver, abondante et lourde, celle qui ne fondra pas tout de suite, s'est enfin décidée à descendre des nuages cette nuit. Ça m'a réveillée. C'est souvent comme ça quand il neige, j'ouvre les yeux au beau milieu de la nuit, pleine d'énergie. À 4h45 je fais le café, j'allume l'ordinateur. Pas grand chose de nouveau dans les journaux. Autant écrire mes histoires moi-même. Je me demande comment je ferais pour vivre sans la neige et les grands froids, sans les extrêmes, finalement. Peut-être que j'avais trop chaud avec ce pyjama [mais non, j'ai pas mis les trois...]

Rêve éveillé. Je marche près de vous, le bras gauche passé sous le vôtre, et je sens la chaleur de votre corps, alors je colle un peu mon coeur et c'est très doux. On est quelque part dans une vieille ville, la rue est étroite avec un drôle de nom, et sur certaines maisons il y a des plaques de bronze avec des noms d'écrivains gravés dessus. Et aussi des bouquets de fleurs blanches en plein hiver. Vous racontez des choses bizarres que vous avez lues au sujet d'un vieux bonhomme qui a écrit trop de livres, des histoires qui se passent dans le cabinet secret des vieux médecins avec des barbiches grises et des personnages célèbres, et moi je vous casse les oreilles avec Kafka. Rue Gît-le-Coeur.

Déjà 6 heures. Je retourne dormir.

Plus tard, toujours en ce bienheureux dimanche, je lis Sterne :

[...] les deux traitements médicaux appliqués autrefois à l'amour : le premier prôné par Aetius qui débutait toujours par un clystère rafraîchissant de chènevis et de concombre broyé et se poursuivait par des infusions légères de nénuphar et de pourpier, par une prise nasale de l'herbe Hanea et, quand Aetius s'y risquait, le port d'un anneau de topaze ; le second prescrit par Gordonius lequel (dans son chap. 15 De Amore) recommande de rosser les malades d'amour ad putorem usque jusqu'à leur faire recouvrer leur puanteur. [Laurence Sterne :Tristram Shandy]

Merveilleux. Voilà ce que je cherchais depuis fort longtemps. Ainsi donc, Aetius et Gordonius avaient des remèdes pour guérir de l'amour ?

Je trouve la solution du clystère un peu agressive, mais bon.