110. nuages blancs

En bas, juste au-dessus du toit plat des maisons, c'était un bandeau blanc, mince, et déployé en rond sur la ligne d'horizon. Rien de plus qu'une souple et vaporeuse écharpe blanche, une simple dentelle effilochée qui se dessinait grâce aux griffes touffues et toutes nues des plus hautes branches des arbres faussement morts pour l'hiver. Fascinée, je regardais ce ciel-là.

Juste au-dessus de la bande laiteuse, il y avait le bleu de vos yeux, si pâle, couleur du kimono fou dont je rêve comme une enfant pas raisonnable.

Et beaucoup plus haut que cet étalage lumineux bleuté et quasiment indécent, encore plus haut, il y avait un autre blanc, un blanc neigeux, à perte de vue.

Et par-dessus ce plus loin du plus haut - en hauteur-, dans cette sorte de coupole que forme le bord du ciel, à l'endroit où doit se trouver le trône du Dieu auquel je ne crois plus, de gros nuages gris se bousculaient. Gris-noir. Et cette couleur formait le reste de la voûte. Comme un casque.

Je marchais sur le trottoir. Je regardais cet incroyable ciel de nuages blancs avec une mince bande bleuâtre que je n'avais jamais vue avant. Jamais. J'étais toute seule avec mes livres que je serrais contre moi, et le sac trop lourd plein de papiers, pour ce travail con qui permet tout juste à l'écrivain de manger. Il était 5 heures du soir, et je rentrais à la maison. Et je ne sais pas comment ça se fait, je pensais à vous.