99. le vide

À peine quelques jours de paix et puis voilà que la peur et la tristesse reviennent me déchirer comme des bêtes affamées.La peur et la colère, je ne les sens pas en moi, mais derrière moi. Et c'est plutôt cette chose-là qui me torture, c'est elle qui est méchante avec moi, ce n'est pas moi. Je n'ai jamais voulu faire de mal à qui que ce soit. Même le fourmicide, c'était du faux, cela ne les tue pas mais détourne les fourmis de leur route pour qu'elles aillent se promener ailleurs. Et si j'en tue parfois à pieds nus, c'est qu'elles m'envahissent trop, alors c'est un geste naturel, pas méchant qui a pour but de me défendre de leurs piqüres [ou morsures].

Je sors de mon lit pour écrire parce que je suis encore aux prises avec une sorte d'effroi et cette tristesse pesante. La nuit, je dors d'un sommeil lisse, léger, et superficiel comme si je flottais à la surface. Comme si je faisais la planche sur une mer glacée sans vagues et qui me porte sur elle comme sur le dos d'une main morte. Quand j'écris ici, je suis consciente de le faire pour des yeux que je ne connais pas. Alors je pense : j'écris pour vous, lecteur inconnu.

Quand je vous écris comme je le fais ce soir, je suis déchirée par la peur et l'inquiétude. Et si je ne vous écris pas, je suis lourde, triste et fatiguée, si fatiguée. Après cette page j'irai me cacher dans un trou. Et quand je songe à me réfugier dans le silence et dans le noir, c'est quand j'ai l'impression de parler dans le vide.