91. temps, mémoire, soleil

Carte du jeu de Tarot : le Soleil

Ce soir je m'amuse. Je tire une carte du jeu de Tarot. Une seule : Le Soleil. Chance.

Écrire n'est rien. Oser le faire implique cette mémoire multipliée et mille fois anonyme, cette voix du dedans qui est la voix de mille autres voix qui crient derrière les portes de l'absurde, pour quelques-uns, de l'éternité, pour tant d'autres.
La véritable littérature est impersonnelle et consignée partout, hors les livres. Elle nous vient du silence.
[Léo Ferré, Préface de Benoît Misère]

J'écris. Je suis la carte tirée de mon Tarot de Marseille, que je caresse du regard et de la main plus que je ne joue avec. Je suis Le Soleil, foyer de lumière, énigme, mystère enveloppé dans un voile de soie safran.

Je suis les deux jumeaux à moi toute seule ? Pourquoi pas. Je suis ce que j'écris. Je suis le bonheur, je suis le malheur qui fait sortir la larme de l'oeil. De l'oeuf. Je casse des oeufs sans faire d'omelette.

La carte m'écrit la joie, la paix, le talent, l'amour qui dure comme dans les contes de fées. Je suis l'éblouissement, le masque, l'orgueuil et la vanité : j'écris, donc je triche et je trompe. Peut-être que la carte se trompe. Je suis un éléphant qui promène un oiseau sur son dos. L'oiseau a-t-il un nom ? Et si l'oiseau n'a pas de nom, existe-t-il ou pas ? Je fais des milliards d'erreurs. La vérité est dans le silence, à côté des mots.

Je suis la carte, j'incarne Le Soleil, je deviens richesse et réussite. Chance. Séduction. Je signifie la fin des illusions, mais pas la fin du rêve. La vraie fin serait le commencement ? Je suis l'amour et le soleil. Je consigne partout ? Chance. Je passe.