85. elle photographie les roses

Je rentre tard. Toujours trop tard. Les textes d'Emma ont du chien. J'aime son style à la fois incantatoire, jubilatoire, cette tonalité si personnelle et surprenante, qui chante.

Et moi ? Annie va bien. Elle est un peu gitane. Son coeur fleurit quand il fait soleil, ou quand elle se fait lire les lignes de la main. Elle se laisse porter par la vague, et la mer est bonne. Si salée et bleue.

Il pleut une toute petite pluie fine et glacée avec des vents fous d'automne qui brassent les grands arbres dans tous les sens en faisant tomber leurs feuilles.

Il y a des choses qui ne se comprennent pas mais qui se sentent. Comme cette envie de vivre et d'aimer encore et toujours sans jamais s'arrêter. Et comme ces vents d'octobre qui bousculent les branches des arbres trop vieux et qui décrochent les feuilles déjà presque mortes pour les balancer dans les courants d'air chauds comme de petits chiffons mouillés. J'ai aimé la pluie qui est tombée aujourd'hui, fine et froide. Glacée.

Et après on dira que la vie est injuste ? Oui, c'est vrai. Dans la nature, pas de justice non plus. Alors, logique que ça brasse parfois pas mal fort dans nos petites cages personnelles. Et dans la grande fosse aux lions du monde prétendument civilisé. Z'avez déjà regardé dehors ? Dedans, dans le coeur et dans le corps de la vie qui a mal, c'est pareil. Oui. J'aime ce temps un peu violent qui bouscule les idées et les humeurs.

Pourtant ? Pourtant « elle photographie les roses ». Pour que cela soit parfait. Pour « la petite fille à la robe rouge », celle qui a des rubans dans les cheveux.