83. un goût de goyave et de thé dayat

Je rentre tard le soir, je me perds dans les étoiles. Je me dis demain je prends le premier avion, le premier train. Je pars pour n'importe où : voir la mer, dormir dans le sable chaud, ramasser des coquillages, ne pas comprendre les langues qui se parlent autour de moi. Ne plus parler autrement qu'avec des gestes, des signes, des regards, des sourires. Je me lève tôt le matin. Encore avec l'envie de partir. Avec D., je devais aller à Bruges et à Paris en décembre pour découvrir des vieux livres, écrire, aimer, et hanter les galeries de musées. C'est fou, cette rupture, c'est ce que j'ai vu de plus fou depuis des milliards d'années-lumière. Cela me désespère et me rend heureuse tout à la fois. Parce que l'amour est encore là, parce que je vous garderai dans mon coeur. Forever.

J'irai malgré tout à Bruges, deux ou trois jours. Et je retournerai quelques semaines à Paris. Ou plus longtemps. Pourquoi pas ? Même si fragile, même toute seule, j'irai. Mais d'ici là je fais mes courses.

Je fais mes courses dans un supermarché chinois de Parc-Extension. Je fais provision de nouilles, de tubercules étranges, de soupe Miso, de crevettes et de champignons séchés, de sauces piquantes et de thé au jasmin. Et des sachets de thé vert de Chine Dayat. Pour dîner, je mange des biscottes et de la goyave en conserve dans le sirop. Le goût est fade et un peu écoeurant. Je bois le thé Dayat. Sucré, mais pas trop. Je sors le soir. Je rentre tard. J'écris toute la nuit.