78. petit délire post-mortem

tournesols ivres pour A

Malade, au lit. Je sais. Faut que je me soigne. Mais c'est plus fort que moi, faut que je me relève pour faire cette damnée page.

Et pour coller une photo floue des tournesols de ma chère A. [eh oui, ma puce, ils sont encore très beaux] et d'un coin de mon bureau, prise la veille du jour où j'ai décidé de ne plus utiliser la web cam.

Le gadget est allé rejoindre [pour toujours ? je sais pas] l'armoire où je range peu à peu les autres objets qui me rappellent trop D., mon dernier amant romantique [bouuouuh, c'est fini once again], et qui me font encore pleurer, comme il se doit : des grands livres, des livres rares, des lettres, des images, son pyjama bleu, sa thèse. Quel gâchis.

Mais qu'est-ce que je vais faire de tout cela ? La poubelle des sales types, celle d'Ophélia ? J'y ai pensé. Pas le coeur à ça. Pas le coeur de jeter The Works of William Shakespeare ou Les Essais de Montaigne [oui, le livre en vieux français] avec les pelures de patates, les mégots et les vieilles bouteilles de vin. Pas vraiment. Je mets simplement les objets porteurs d'émotions douloureuses [ouach, j'ai des mots de bois, des mots de psy] en dehors de ma vue. Et puis je veux guérir cette maladie, au lit, rester couchée encore un peu, certains jours. Et puis [je sais, c'est un sale tic] la peine, le mal de perdre l'amour, ça fait mal. Alors j'ai mal. Peut-être l'orgueuil de la valeureuse Script en sort-il un petit peu raboté ? Peut-être...

Et le fait d'écrire comme ça, sur le vif [si on peut dire], c'est dangereux. Ça pourrait être tout et n'importe quoi de pathétique, beurk. Surtout pas envie d'être cynique, ou sarcastique. De régler mes comptes en public. D'aucuns diront : z'êtes pas un peu aigrie ? Pas du tout. Au fond je m'en fiche. Je suis libre et fière. Forte. C'est tout ce qui compte. Et comme l'écrivait Emma hier : « Se relever forte insouciante la gorge en avant le coeur tout neuf. Marcher. »

Oui, marcher, libre et disponible. Délirer jusqu'à plus soif. Et lever le regard vers les étoiles la nuit sur la terrasse en buvant du thé vert japonais, et courir pieds nus dans la brume et sur la plage avec Marie, parmi les goélands. Sa page d'aujourd'hui, ce goût de moules, d'iode et de sel marin.

Alors, chialer sur un petit chagrin amoureux [ou sur une minable bronchite] quand on a des étoiles dans le ciel et des amies comme ça, faudrait être vachement ingrate.