76. le journal du dimanche

dragon sigurdr
[reste avec moi, petit dragon]

Dimanche calme. Le vieil érable brille devant la fenêtre, les feuilles frémissent et virent à l'orange et au rouge. Le ciel est doux, bleu acier. L'air, froid. Je perds des cheveux. Trop. Vais-je bientôt me retrouver complètement chauve ? Avec la coupe d'hier, j'ai la même tête qu'il y a dix ans. Oserais-je sortir la caméra de la boîte et prendre un petit cliché pour la postérité ? Pourquoi pas.

La maladie se cramponne. Mes poumons sont en feu. Mais le coeur va bien, paisible. Ce matin et depuis hier, il ne me fait même plus mal. J'ai dû cracher le méchant chagrin d'amour avec les quintes de toux qui me déchirent la poitrine depuis dix jours. Et puis j'ai pas le cancer, c'est toujours ça.

Quelle pudeur, parfois, à parler de soi. Et à d'autre moments je dis tout ce que je devrais mettre un point d'honneur à dissimuler. Comme la douleur. Cette douleur du corps, surtout. Pourquoi je ne disais pas simplement que je suis malade ? Si je savais répondre à ça.

Je préfère peut-être écrire autre chose sur du papier. Des choses graves et nostalgiques. Et regarder les arbres changer de couleur.

Hier soir, j'ai repris le manuscrit, relu les 230 premières pages, pris deux pages de notes. C'est fou, j'avais oublié l'histoire d'Érika, son délire autobiographique avec Théo.

Hier soir donc, Érika m'a pris par la main [en quelque sorte], elle va m'aider à continuer. J'écris pour elle. C'est dimanche matin. J'écoute de la musique grave et nostalgique.