72. rien à déclarer

dragon sigurdr

Et tandis que, face en bas, les autres animaux regardent la terre, il a donné à l'homme un front dressé, lui a ordonné de voir le ciel et de lever son visage dressé vers les astres.
[Ovide, Les Métamorphoses, I, 84].

Pour traiter de la peur, commencer par recopier un petit bout des Essais de Montaigne en vieux Français. Comme pour faire un devoir à remettre au professeur, s'appliquer en tirant un peu la langue et en se mettant de l'encre sur les doigts. Personne va comprendre ? Mais non. C'est pas plus malaisé à lire et à écrire que de déchiffrer n'importe quoi d'autre qui s'écrit à notre époque [y compris et surtout mon propre scriptouillage].

Quoi d'autre ? Je n'ai rien à déclarer pour aujourd'hui, rien de plus qu'à recopier Montaigne pour mieux m'en approcher, c'est tout dire. Et à méditer :

Je ne suis pas un bon naturaliste (qu'ils disent) et ne sçay guiere par quels ressors la peur agit en nous ; mais tant y a que c'est une estrange passion ; et disent les medecins qu'il n'en est aucune qui emporte plustost nostre jugement hors de sa deuë assiette. De vray, j'ay veu beaucoup de gens devenus insensez de peur ; et aux plus rassis, il est certain, pendant que son accès dure, qu'elle engendre de terribles esblouissemens. Je laisse à part le vulgaire à qui elle represente tantost les bisayeulx sortis du tombeau, enveloppez en leur suaire, tantost des Loups-garous, des Lutins et des chimeres. Mais parmy les soldats mesme, où elle devroit trouver moins de place, combien de fois a elle changé un troupeau de brebis en esquadron de corselets ? des roseaux et des cannes en gens-d'armes et lanciers ? nos amis en nos ennemis ? et la croix blanche à la rouge ?

Fin de la citation. C'était le début du chapitre XVIII, « De la peur », d'après le texte de la dernière édition publiée par l'auteur de son vivant.