71. une fleur rouge pour Mausole [bis]

Balisier du Mexique

Rouge comme les fraises de la confiture de ce matin. C'est un rouge de désir, de petit déjeuner. Quand je me lève au milieu des songes de ma nuit, je commence par la confiture de fraises qui dessine sur la table tout le rouge dont j'ai besoin pour vivre. Après, le noir du café me réveille.

J'ai changé les draps. J'ai remis les coussins du canapé dans leur état optimal. J'ai nettoyé la table avec mon chandail. Quoi d'autre ? Arf. Je cherche, je cherche et tout semble vouloir être nettoyé, lavé et frotté en même temps. Je n'ai plus un endroit où aller sans que je me dise qu'il faille absorber la poussière toute déposée sur les choses. Et ça ne m'exaspère même pas. J'ai même de la peine à choisir entre ce qui est nécessaire et ce qui est superflu. Au bout du compte, je me dis qu'à force de trop vouloir tout embrasser je me rends compte que la fatigue est en moi, dans le fondement des mes abattis. Arf. Me voilà un monument. « Ici le mausolé de la fatigue. J'ai une annonce à faire : je démissionne. Mausole, mon ami, rendez-moi mes effets personnels, je rends mes galons et mon arme de service. Voilà. Je signe en bas : Artemisias. »

Reste que si ce soir, je sors manger une soupe chinoise [cantonaise ?] ce sera ma façon à moi de démissionner de ma vie, juste pour une petite heure, un passage, un petit chemin de traverse dans mon affaire à tout faire. J'ai tout fait, personne n'a rien vu. Demain, je recommence.

[Extrait du Journal de Script, le lundi 1er octobre 2001]