68. une petite page de journal, pour changer ?

Il me semble que ça fait longtemps que j'ai écrit une page de journal, une simple page, commençant par aujourd'hui, je.

Une page où j'aurais pu écrire : aujourd'hui, je blablabla c'est l'automne mais il fait soleil et chaud comme en été et j'ai travaillé pour gagner ma vie et c'était merveilleux parce que j'ai rencontré des personnes étranges avec des attitudes encore plus étranges et leur vie ah je vous dis pas leur vie est encore plus étrange que celle des personnages auxquels je rêve la nuit [faut le faire].

Oui. Aujourd'hui, le je [de la diariste] aurait pu écrire que j'ai passé une journée folle à avoir les yeux qui pleurent - on dira que ce sont des allergies au pollen - ...mais moi je dis qu'il doit y avoir un fou quelque part qui a épluché des oignons toute la nuit et c'est pour ça qui ça pique et que je pleure.

J'écrirais que ça m'a fait suer de larmoyer sans avoir de chagrin, et puis pour terminer je ferais un petit commentaire [qui ça, moi ?], que le plus fou de mes lecteurs comprendrait tout de travers ou pas du tout. Ou pire, au pied de la lettre.

Il me semble que ça fait fort longtemps, très longtemps, que je n'avais écrit ici que j'en avais marre de ce journal et que j'allais oser poser le point final et le un point c'est tout. Et que j'en prenne pas une ou un à s'y objecter et blablabla.

Bien sûr, j'ajouterais [c'est légitime, la ou le diariste n'essaie-t-elle-t-il pas toujours de tourner les choses à son avantage ?] que c'est parce que j'ai pas le temps, que je veux laisser toute la place au roman que je commence, ou encore mieux travailler à celui qui avance pas assez vite à mon goût, ou pire : finir celui que j'arrive pas à finir parce que [manque de bol] j'ai pas le temps parce qu'il faut que je travaille comme toute le monde [qui travaille], god save the queen.

Il me semble que ça faisait longtemps, très longtemps, que je n'avais pas écrit simplement pour écrire, sans penser plus loin que le bout de mon nez. Pour rien.