60. secrets

le secret de la pierre

Les matins de septembre, tout peut arriver. Les matins de septembre sont différents de tous les autres matins. Il fait soleil.

Les après-midis de septembre, tout peut arriver. Des montagnes de livres anciens. Trouver une biographie de Marie Bonaparte. Et des photos de Virginia Woolf jaunies par le temps. Chercher les Relations des Jésuites. Chercher l'Organon d'Hahnemann, et trouver L'École de Salerne. Vouloir y retourner le lendemain.

Les soirs de septembre, tout peut arriver. Dans un restaurant vietnamien, une toute petite grenouille essaie de se faire plus grosse que le boeuf et dit : « j'ai traversé quatre-vingt fois Paris et chaque pavé m'a fait des ampoules aux pieds ». L'homme dit : « j'ai fait x fois le tour du monde ». Il drague. L'homme raconte des histoires. J'écoute. J'oublie que les nems se mangent avec des baguettes. Les chips ont goût de crevette, avec des baguettes. La nappe est en brocart gris-vert, un soir de septembre. Les nuits de septembre, tout peut arriver. Le vent, le froid. Dormir. Pleurer des secrets.

Que Septembre en tes mains prodigue ses fruits murs,
Poires, pommes, raisins, les deux chèvres et vins purs;
Qu'un doux jus dans ton sang coule et le renouvelle,
Fais-toi saigner au bras ; mange amande nouvelle.
[L'École de Salerne, 1880]