57. complètement immobile

Je réfléchis souvent à l'immobilité totale et complète du temps et de l'espace. Est-ce que cette absence de mouvement existe, au moins ? Il faudrait bien que j'y croie, si je persiste à vouloir prouver son existence. Je recueille donc les signes, les preuves et les indices, même les plus ténus, les plus fugaces. Je les inscris sur des fiches, dans des carnets. Je note, au jour le jour et quand je peux.

Je crois, ou plutôt, j'imagine que je crois, que l'immobilité complète de l'espace et du temps immobile [complètement immobile] représentent le plus grand réservoir de vie et de désir. D'avenir ?

D. m'écrit : « Si Annie Strohem savait combien je l'aime, qu'est-ce qu'elle ferait ? »

Je lui réponds : « Je ne sais pas. Comme je la connais, elle l'écrirait partout : sur les feuilles des arbres, sur les murs des maisons et sur les trottoirs avec de grosses craies roses, jaunes et vert lime, elle l'écrirait sur les voitures stationnées dans les parkings, sur le sable de la plage, et sur une longue banderole de mille et un mètres qui sort d'un hélicoptère dessinant des ronds dans le bleu du ciel. Comme je la connais, elle l'écrirait partout. »

L'espace et le temps, la vie et l'avenir, le désir, ne se mesurent pas dans l'agitation et le bruit. Encore moins dans le mouvement et l'exacerbation des moindres passions qui n'ont de passionnant que leur apparition dans la glace. Ni dans les vieilles histoires à l'eau de rose avec des dieux et des déesses.

La vie et le désir sont immobiles. Complètement immobiles. Et ils nous attendent sagement quelque part. Je ne sais pas où. Mais j'ai envie de l'écrire partout : sur les feuilles des arbres, sur les murs des maisons, sur les trottoirs avec de grosses craies roses, jaunes et vert lime, sur les voitures stationnées dans les parkings, sur le sable de la plage, sur une longue banderole de mille et un mètres qui sort d'un hélicoptère dessinant des ronds dans le bleu du ciel.

Oui. De l'écrire partout.