55. emails, guerre et réconciliation

La paix : seulement quatre petites lettres et pourtant si pleines de conflits et de guerres. Les humains ne semblent pas capables de vivre sans se faire la guerre. Sans guerre, l'homme ne se sent pas vivant, il s'étiole, il s'ennuie, il meurt de faim. Sauf que je continue à ne pas aimer la guerre.

Ne pas aimer la haine ou la guerre ne signifie pas que je nie leur existence. Ça fait partie de la game, que je le veuille ou non. Pas le choix que de faire avec. À petite ou plus grande échelle, vivre c'est apprendre à faire la guerre, et gagner le plus souvent possible. Pourquoi ? C'est pas compliqué : pour avoir la paix !

Un jour j'ai décidé d'enlever mon adresse e-mail de ce journal, j'étais bien naïve. Je déteste la guerre. Je croyais poser un geste de paix. Sauf qu'avec le recul, je réalise que mettre une barrière entre moi et tous les lecteurs, c'est comme faire sauter un pont en temps de guerre : t'empêche tout le monde de passer, pas juste l'ennemi. Mais j'étais si fatiguée de lire les mails de x. au contenu déplaisant, sinon carrément menaçants, je ne voyais pas les choses sous cet angle.

Couper la communication c'était un geste de guerre parce que cela m'enfermait, moi, me coupant du contact avec d'autres personnes qui avaient des choses intéressantes à m'écrire et avec qui j'aurais eu du plaisir à correspondre.

Tout ce qui menace, contraint, enferme, détruit, c'est de la guerre. L'hostilité et l'agressivité, ce n'est pas seulement les cris, les coups de poings, les fusils et les missiles. C'est aussi le silence et la résistance passive.

J'ai pas envie de m'enfermer. La guerre, s'il faut la faire, je la ferai. Et je la gagnerai et j'aurai la paix en prime. Promis. J'ai envie de rétablir la communication avec les gens qui lisent ce journal. Un point c'est tout.

C'est à moi de faire le tri dans les mails : certains auront une réponse, d'autres pas. Ceux de x. iront directement à la poubelle. Et si je n'y arrive pas, je demanderai à quelqu'un de le faire pour/avec moi.

Il faut dire que je suis très paresseuse avec les mails. Je réponds rarement le même jour. Il passe parfois des mois avant que je réponde à quelqu'un et il m'arrive d'oublier. Normal. Faut pas s'en faire avec ça.

La correspondance, ce n'est pas un jeu de balle : Tu lances, J'attrape, Je lance, Tu attrapes et Tu relances. Beurk. Je trouve dommage que cette règle bizarre se soit installée pour les mails. Cela doit être dû au mythe de l'instantanéïté. Les mails poing-pong, je ne peux pas. Rien à faire. C'est une calamité. On devrait seulement écrire quand on a des choses à écrire. Pas sur commande ou parce qu'il le faut pour obéir à je ne sais quelle sombre convention. J'ai besoin de temps pour laisser reposer les lettres [mails], réfléchir avant d'écrire. Alors j'évite les ripostes immédiates comme la peste bubonique, le sida ou le typhus murin [ne serais-je pas un peu hypocondriaque, docteur ?]

Le mail est un outil de communication. Il reste à s'en servir intelligemment. Pas facile dans une relation auteur-lecteur, mais cela s'apprend. Ce qui m'a fait changer d'avis ? Ah... J'ai juste réfléchi un peu sur la vie, l'amour, la guerre et la paix.

Tout ça pour dire que j'ai remis mon adresse e-mail sur le journal aujourd'hui. C'est en bas, sur la ligne du copyright. Et un petit bisou de mail-réconciliation, avec ça ?

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Note de l'éditrice :
Attention : Fragile. Ce n'est pas parce qu'elle ne répond pas tout de suite à ses mails qu'elle ne vous écrira jamais. Il n'est pas nécessaire d'attendre qu'elle vous renvoie votre mail avec sa réponse dessus, point par point... si vous avez envie de lui écrire un mot, même si elle ne répond pas «vite», faites le selon votre coeur, tout simplement. Et si vous lui écrivez des trucs sibyllins qu'elle ne comprend pas, elle fera comme vous : elle haussera les épaules et passera outre [même chose avec les trucs méchants]. Et si vous lui faites la cour, elle rougira un peu mais elle risque fort de ne pas répondre à toutes vos attentes. Pareil pour la pub et autres messages qui n'ont rien à voir avec le contenu du journal.