47. méli-mélo

Hier, un message qui a dû être laissé par erreur sur mon répondeur disait : «Allô ! c'est maman. Tu veux bien m'apporter un kilo de poires... des pommes, mais pas des brugnons, hein, j'aime pas les brugnons, et puis des pêches, des bananes et aussi des prunes ? Maman, elle aime pas les brugnons. » Arf.

Depuis l'autre jour, la femme de la page 44 n'est pas revenue me voir. M'aurait-elle fermé la porte au nez à moi aussi ? Elle n'a peut-être pas aimé que j'écrive sa vie dans le journal. Mais, me direz-vous, ce n'est pas sa vie... et puis cela n'a pas d'importance, on croyait que tu parlais de toi.

Non. La femme de la page 44, ce n'est pas moi. C'est un personnage pour un prochain roman, un personnage qui m'embête parce qu'il s'est présenté avant le temps, avant que j'aie terminé Épiphanie ; et j'ai pas envie de travailler sur deux gros projets en même temps. Mais quand j'ai senti la douloureuse fureur d'enfermement de cette femme, ça m'a fait mal, et j'ai décidé de l'écrire, en pleine nuit, pour m'en libérer. Toc, dans le journal.

Mais si une telle femme existait pour vrai, dans la vraie vie, on peut se demander ce qu'elle dirait si par hasard elle tombait sur cette page et qu'elle s'y reconnaissait.

C'est pas grave me direz-vous [encore], c'est toi qui écrit, cette histoire ne lui appartient pas à elle, et tu dois écrire, écrire, sans te soucier de ce que les monsieurs et madames Tartempion pourraient en dire.

Après tout, ils ne sont pas forcés de lire tout ce qui s'écrit, alors tu peux tout dire/écrire. Alors tu arrêtes de t'en faire et tu écris et puis c'est tout. Écris, sans te préoccuper de ce que les autres pensent ou font avec ça. N'essaie surtout pas de ménager la susceptibilité de x., ou de y., ou de z., par exemple. On s'en fout de ces gens-là. Et si ce que tu écris les touche en bien ou en mal, on n'y peut rien. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent avec tes mots, en parler comme ils veulent comme ils parlent de toi dès que tu as le dos tourné, c'est pareil. Voilà qu'ils exagèrent. Encore...

Ils exagèrent mais cela ne me touche pas. On s'en fout que sa mère, elle aime pas les brugnons. Elle n'a qu'à manger des bananes et un kilo de poires.