42. la fée verte

Absinthe Robette : Livemont

Week-end torride, humide. Plus de temps passé au lit qu'en rêveries d'une promeneuse-pas-tellement-solitaire dans le Mile-End, tendon d'Achille douloureux et oedémateux oblige. Enfin bref, la fin de semaine idéale pour lire et relire les gros bouquins et les poètes disparus chers à mon âme : Nin, Verlaine, Nelligan, Nin, Van Gogh, Miron, Miller, Nelligan, Degas, Arthaud, Verlaine, Rimbaud... oups [je sais], et pour retrouver la Fée Verte prise comme la graine de la page 41 entre deux pages de mon journal en vrai papier. C'était peut-être une graine de l'Artemisia absinthium, qui sait ? Impossible de l'oublier longtemps, celle-là.

Impossible de l'oublier, parce que. Sauf que si l'Armoise n'existait pas, on ne pourrait pas parler de cet été-là, ni de la Fée Verte, ni de toute une génération d'artistes qui se sont brûlé le cerveau avec [entre autres].

L'Absinthe était fabriquée à partir de la plante au joli nom latin, [Wormwood, en anglais]. C'était un alcool «efficace» et «naturel», et surtout moins cher et moins bourgeois que le vin, alors on l'associait à la Fée Verte, à cause de sa couleur et des ses propriétés hallucinogènes.

Était-ce une première manifestation du politically correct, pour ne pas nommer les sorcières, ces femmes qu'on avait brûlées par milliers et qui portaient des robes de velours vert, celles [les femmes, pas les robes] qui avaient la joyeuse réputation de coucher avec le diable en personne [la nature], ce qui devait leur donner bien des idées, n'est-il pas ?

Toujours est-il que la légende raconte que ce sont les femmes qui faisaient fondre ou brûler le sucre dans des cuillères perforées au-dessus des verres d'alcool qui ressemblaient à de très jolis verres à pastis, parce que l'absinthe avait l'air d'être assez amère [bitter], et que donc il fallait la sucrer. Quelle sensualité. Au sujet de l'absinthe, Oscar Wilde écrit :

After the first glass you see things as you wish they were. After the second, you see things as they are not. Finally you see things as they really are, and that is the most horrible thing in the world.

Et...

f he didn't drink [absinthe], he would be somebody else. Personality must be accepted for what it is. You mustn't mind that a poet is a drunk, rather that drunks are not always poets.

Selon le Larousse encyclopédique, l'absinthe est une plante très amère et très odorante, que l'on trouve dans les terrains vagues, les sables et les rocailles, mais que l'on cultive aussi. Un jour je le ferai. C'est aussi le nom d'une liqueur alcoolique obtenue par macération d'un mélange de plantes (grande absinthe, petite absinthe, anis, fenouil, hysope, etc.) et distillation : Il se passait là d'extravagantes bacchanales, enfiévrées par l'absinthe et par le climat d'Afrique (Loti).

[...à suivre]