41. tendre sorbet

Chaque nuit comme la dernière, après le gros orage, quand le tonnerre déchire le silence et que l'eau déferle de la fenêtre jusque sur le lit, elle ferme les yeux précisément au moment où il allait s'endormir.

Et au matin, quand le jour perce derrière les lourdes tentures bleues, elle fait le café. La lumière éclate derrière les voilages blancs pendant qu'ils déjeunent dans la cuisine, interdits devant ces oeufs qui ont l'air de les regarder dans l'assiette : sunny side up : la bourse ou la vie ? Élu par cette crapule. Ils jouent au cow-boy avec les mots, les extrêmes, les envers, les endroits. Tout ça, c'est pareil. Jouer. Vivre.

Oui, joue. N'oublie pas de jouer. Elle n'aime pas la guerre. Je crois que je vais faire du thé. Il aura envie de se doucher une autre fois. Il aime le grattement de la loofa sur sa peau, l'eau qui descend lentement sur le corps pour le faire revivre. Les gouttes d'humidité qui perlent en longs collliers sur le rideau de plastique transparent dans la proximité de l'autre corps, odorant comme la mer. Il sent les fougères.

L'eau, quand il fait si chaud, ça fait du bien. Le café turc, ça coule trop vite trop loin dans la gorge et c'est un peu amer, ça gratte, même si on met trois cuillèrées de sucre et que ça devient épais comme du vrai sirop, elle boira jusqu'à la toute dernière goutte. Et les yeux piquent à cause du manque de sommeil. Les corps sont brûlants. Tout donner pour un sorbet aux fraises.

Ils diront : on se rattrapera ce soir, ce soir on dormira. Et puis le soir venu, quand la nuit tropicale tombera tendrement, ils se retrouveront dans les bras l'un de l'autre et ils ne se lâcheront pas, et ça durant des heures. C'est le premier été de leur amour. Tendre.