136. je journale, tu journales, il journale

Il m'a réveillée en me faisant l'amour. Et maintenant il écrit son journal sur Internet pendant que je confie à mon journal papier ce que je recopierai ici intégralement quand il en aura fini avec l'ordi. Je dirai come once again and love me et il me demandera si je comprends bien ce que ça veut dire. Bien sûr que je comprends. Why not. J'écris parce que c'est. Ce que je veux et ce que je fais, je consens. C'est ma vie qui était déjà comme ça avant qu'on se prenne la main pour la première fois dans une vieille église. Je ne suis pas une héroïne de Tchekov.

Une femme ordinaire, je suis une femme ordinaire qui tombe en amour comme toutes les autres femmes et je fais ce que j'ai à faire pour vivre cette journée et demain je recommencerai et j'en vivrai une autre en la journalant de mon mieux. Je journale, tu journales, nous journalons. Je journalerai le Love and Writing project qui se glissera partout dans Google et qui se fera lire par des navigateurs avec des noms bizarres comme Opéra, Mozilla ou Linux, brrr, partout sur la planète, c'est fou.

Nous écoutons An American Hymn [en boucle trente ou cinquante fois au minimum] chanté par Placido Domingo et je délire sur les paroles qui entrent en moi, mot par mot comme une perfusion lente, un goutte à goutte qui se diffuse ensuite dans mes pages. Et puis nous nous aimons encore again, chaise ou pas chaise. Et manger. C'est bon manger des grosses côtelettes de boeuf en rongeant les os, après. Il dit je ne t'ai jamais vue manger comme ça. On s'est tellement aimés tout à l'heure que l'alarme incendie a crié de toutes ses forces en nous bousillant les tympans tant ça hurlait. J'ai dit Christian, tu dégages trop de chaleur. J'pense que j'vais appeler les pompiers, le feu a dû prendre dans le grenier à cause de toi.

Mais le pire, le pire c'est quand je m'arrache le coeur sur une page que je recommence cent fois. Ça le fait jouir, l'animal.