118. la diariste et son chat

La diariste et son chat ou : mes réflexions sur les réflexions d'une diariste online ou vice versa

Waterhouse : La Favorite

Ça fait longtemps que certaines questions sur le diarisme online me chatouillent la diariste. Alors ce soir, considérant que je n'ai rien d'autre à perdre qu'un peu d'amour propre si je passe à côté du sujet. Autant me jeter à l'eau avec lui, puisque j'en ai tellement envie.

Si je courtise autant la réflexion, c'est parce que je constate souvent que mon petit Diary online pourrait bien se révéler être la forme la plus imprécise [entre toutes les formes] que je donne à mes chimères. Alors autant réfléchir à la Chose.

Premier point : je suis et resterai toujours, en tant qu'être de chair et de sang, la matière première de mon écriture. Ça, je n'ai aucun doute là-dessus, moi qui passe ma vie à douter de tout (almost). Mais...

Voilà donc une premier jalon de posé. Dans « L'Avis aux lecteurs » rédigé pour ses Essais, M. de M. écrivait : « Je suis moi-même la matière de mon livre. » Ouf, je respire, je l'ai pas plagié, parce que j'ai pas écrit du tout la même chose. Fiou ! Alors, si je sais que je n'ai pas plagié, la ressemblance reste quand même troublante, et on dira que je me fais mousser en collant Montaigne juste à côté de moi. Devrais-je l'effacer lui, ou moi ? Non. C'est écrit, ça reste. Tant pis si je passe pour donner dans l'« ostentatoire ». Extrait d'un dialogue intime avec ma matante : « Ostente était-elle astez belle à tsoir ma tante ! [ça remonte à l'époque où Script portait des broches...] Ah! vous pouvez pas stavoir, la tsoirée que noust-avons pastsée toutes les deux... on a tellement dantsé le tango, ct'était pas postsible. .....O.K. tsa va, stais-toi, t'as réutsi à me rendre jalouste d'Ostente à toir pis à attraper ton accent, argh ! » C'est ta faute aussi. T'en parle tout le temps d'elle dans ton journal pis tu parles jamais de moâ. C'est pas juste, bon ! Pas grave répliqua Lady A., j'ai qu'à changer son nom. Ah ! Je sais plus vraiment où j'en suis. Je continue donc ma réflexion capitale et vitale dont les théoriciens du diarisme online vont se me l'arracher un jour. Quelles merveilleuses bizarretés syntaxiques.

Maintenant que j'ai réglé la question de l'ostentation [devrais-je parler de la complaisance à parler de soi ? je ne sais trop, je tergiverse] je réalise que Ciel et pattes de gazelle, faudrait-il que je relise tout Montaigne pour y voir un peu plus clair ? Oui, mais si je fais ça, j'en ai pour des mois, que dis-je des années. O.K. On me le dit sur tous les tons : Fonce donc ! Foncer Sir ? Yes, Sir !

Je partirai donc de mes souvenirs et notes de lectures. Premier flash mémorisé après son célèbre « Avis aux lecteurs » : Montaigne mesurait ses pipis. Et André Gide était fou de ça. Mais sûrement pas autant que moi, c'est puissamment pissant. Je blague pas. Montaigne calculait le nombre d'heures et de minutes qu'il pouvait attendre avant de vidanger son organe contenant les eaux de l'écrivain et il notait cela dans ses pages. Comme je note mes tasses de café. Noir. Et mon thé. Vert. [attachez bien vos tuque, Script se comparerait-elle ostentatoirement à Montaigne ?] Pour lui, c'était une activité tout à fait sérieuse. Ça me fait penser à certains journaux que j'ai lu par hasard sur le web [ils vont me tuer! sauf s'ils me lisent pas] et où l'homme ou la femme décrivent tout bien en détail comment ils se donnent du plaisir en solitaire et ma foi, de façon très solidaire, puisqu'il ou elle se le donne à lire sur les ondes. Quelle générosité, n'est-il-pas ? Mais, pensais-je, cela se rapprocherait-il de la pensée de Montaigne qui disait ne rien connaître d'autre mieux que soi-même et de ne savoir parler que de soi ? Il disait qu'il voulait enlever son masque et enlever aussi tous les masques des choses et des personnes. Quel bel idéal pour un Chevalier [diariste] bien masqué [sous son pseudonyme] du Web !

Pour en revenir à la complaisance de soi, Montaigne s'en défendait bien. Avant même que les accusations ne pleuvent, il se dépêchait de se justifier (ça aussi, les diaristes on l'art de... mais pourquoi ?), il présentait son plaidoyer : « De s'amuser à soy, il leur semble que c'est de se plaire en soy, de se hanter et prattiquer que c'est se trop chérir » [non, il portait pas des broches, c'est du vieux français]. J'adore cette phrase. Je l'adore vraiment, mais je sais pas pourquoi. Ben oui, je le sais, mais je préfère ne pas trop élaborer là-dessus.

Ce que j'aime bien c'est quand il disait qu'il ne peignait pas l'être mais le passage [wow]. C'est de cette façon qu'il parlait de la peinture qu'il faisait de lui-même dans les Essais. Il était persuadé que plus il arriverait à donner un tableau précis et détaillé de soi, plus il serait en mesure de dresser un tableau général de tous les autres hommes. On est loin du nombrilisme ou du voyeurisme, avec ça. Normalement, à son époque, on se servait du général pour aller au particulier (en argumentation) tandis que lui, il croyait dur comme fer que « chaque homme porte la forme entière de l'humaine condition ». Absolument l'inverse. Oui. Sauf que ça m'énerve un peu. C'est comme quand on dit : les hommes/les femmes sont ben tous pareils. Je n'ai jamais trop adhéré à ça. Je continue ? Pas tout de suite. Quand on lit des phrases célèbres comme celle-là, je trouve ça pesant, surtout quand ça me tombe dessus, ça l'air tellement d'être la seule Vérité vraie. Je sais bien que c'est pas faux. Qu'il y a du vrai, et on pourrait disserter là-dessus des jours et des jours, mais je ne suis pas là pour ça. Je tire donc une autre carte, ou plutôt, il commence à être temps que je ressorte la carte des « eaux » que Gide a commenté ainsi : «...ce qui m'intéresse, moi, son lecteur, ce n'est sans doute pas de savoir que, par exemple, il peut "garder ses eaux dix heures", mais bien cet indiscret besoin qu'il a de me le dire. » Voilà. Une autre belle phrase charnue et bien pesante que j'adore et que j'ai notée partout, que j'ai lue et relue cent fois, au point que maintenant, je la sais toute par coeur. Well. Well.

J'ajouterai aussi que ce qui contribue à rendre la Chose intéressante, c'est qu'il y a beaucoup plus que de l'impudeur chez les diaristes online, il y a une certaine forme de protestation contre les idées reçues, les bonnes manières, contre ce qui ne se dit pas d'ordinaire. Protestation, contestation inavouée ou non contre ce qui est caché, tabou et difficile à s'avouer ou à avouer tout court ? Je crois que oui. Et c'est particulièrement ce que M. de M. avait le plus de plaisir à écrire ou étaler au grand jour, autant qu'il pouvait ou qu'il osait le faire vers les années 1582 (:-)) et quelques. Il s'agirait donc d'oser ?

Si je continue dans cette voie, je crois bien que je vais disjoncter ce soir, péter quelques plombs. Je me calmerai donc et promettrai pour demain ou vendredi au plus tard la suite de mes réflexions sur les réflexions d'une diariste online ou : la diariste et son chat ou vice versa. D'ici-là, j'ai quelques petites lettres qui attendent bien au chaud d'être publiées dans ma boîte aux lettres. Ça pique la curiosité ? Oui ? Non ? Chacun est libre de lire ou pas, c'est ça le net. On cliquera sur le timbre ou on cliquera ailleurs, l'important est de savoir cliquer judicieusement. Clic is money.

Sous le timbre se cache une Lettre pour Jack [chut] :

timbre6.jpg

On dirait bien que c'est fête aujourd'hui, puisque j'ai reçu une belle de Jack, la 9ième je crois :

timbrefr1_m.jpg