51. j'ai dit c'est beau. on va bien. tant mieux

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Je suis comme engourdie.  Je ne ressens rien.  En m'appliquant à raconter ma journée d'hier, peut-être retrouverai-je la part de moi qui cherche à se terrer pour ne pas avoir trop mal ?

Hier soir, je me suis couchée vers 22 heures 30, avec un mal de tête.  Ça revient trop souvent.  C'est peut-être la vue.  Prendre rendez-vous aujourd'hui avec un optométriste.  Certains matins, je me lève et je vois tout embrouillé.  J'ai toujours le nez dans un livre ou devant l'écran, normal que ça fasse mal à un moment donné.

Hier après-midi j'ai essayé de travailler.  Ça ira.  J'ai aussi refait mon curriculum vitae.  C'est peut-être pas le temps d'y penser mais j'y pense. Ça me changera les idées de me concentrer davantage sur une occupation concrète et structurée.  Et j'ai besoin de sous, comme tout le monde.

J'ai téléphoné à l'autre éditeur pour lui dire que je retire le manuscrit.  Je ne veux pas que ces gens le lisent.  Et je n'ai pas envie d'analyser ma réaction ni dans ce journal, ni autrement.  Je suspends toute cette histoire, point.  Ils ont demandé pourquoi, j'ai juste dit que j'avais changé d'avis.  Ils n'y avaient pas encore touché, après deux mois. Je suis soulagée.  Je me sens comme si je l'avais échappé belle. Échappé à quoi?  Si je le savais...  Je crois que je n'ai pas envie de me livrer à toute cette mascarade.  J'ai peut-être juste trop peur qu'ils disent non eux aussi.  Ai-je dit que j'analyse pas ?  O.K.

Il a fait soleil mais je n'ai pas mis les pieds dehors.  Reçu hier soir une demande de confirmation pour un article qu'on m'a demandé d'écrire.  Et que je traîne depuis quelques mois.  Le deadline approche.  Dans ma tête, je voulais abandonner ce projet-là aussi, mais j'ai confirmé que je l'enverrais très bientôt, comme ça, spontanément.  J'ai plus qu'à l'écrire maintenant. 

Je me concentre et travaille ce texte dès aujourd'hui.  Au fond, renoncer à demander la publication de ce roman m'a enlevé un stress.  Je récupère le manuscrit dès que possible et rangerai toutes les copies, avec mes cahiers, dans les tiroirs du bas de l'armoire blanche.  Dans ma chambre.

J'ai l'impression que je végète.  Il reste 19 jours avant de voir le chirurgien, 14 avant les tests.  Je veux plus y penser.

J. a téléphoné.  Il m'a demandé si ça allait bien avec mon chum.  J'ai dit très bien.  [Je sais, j'ai menti.  Pis ?  On a parfaitement le droit de mentir à nos meilleurs amis.]  Lui ai retourné sa question.  Il a dit pas pire.  [Je sais que ça va pas bien avec sa blonde.  Il se résigne pas à la laisser et elle lui rend la vie impossible, ben qu'il endure.]  J'ai dit c'est beau.  On va bien.  Tant mieux !  Il avait pas l'air très sûr de lui.  Me donne l'impression qu'il s'ennuie de moi.  Il voulait passer me voir.  J'ai dit que j'étais dans le jus, débordée de travail.  Il a dit je comprends.  S'il savait que je n'ai plus personne.  Mais il le saura pas.  Je ne l'ai encore dit à aucun de mes amis.  Ni pour mon sein.  Je n'ai rien dit.  Je veux vivre ça toute seule.  La rupture et le reste.  Je dis que je suis heureuse.  S'ils savaient que je leur monte un bateau pour les éloigner, je me semande ce qu'ils diraient, penseraient.  Il n'y a que moi pour s'embarquer dans des histoires pareilles.  Bluffer à ce point.  Parce que ça c'est du vrai bluff, du vrai.  Après ça, je me plaindrai des masques.  Je dirai que je cherche la transparence.  Y a rien ni personne de transparent.  Encore des histoires.

En plus, j'ai encore des courses à faire.