Pour la énième fois, faire le tour de la question. À quoi me sert ce journal aujourd'hui ? Pourquoi en prendre soin comme je le fais si je n'écris presque jamais dedans ? Trois billets depuis le premier janvier, ça fait pas des enfants forts.

Si mon journal en ligne devait être le récit de mes amours, que contiendrait-il ? Est-ce que je le remplirais assidument, un jour après l'autre ? Serais-je capable, oserais-je y écrire mes passions, mes joies et mes tendresses, sans me censurer ?

Mais je n'ai pas besoin de censure pour inscrire publiquement les choses qui me plaisent, décrire mon affection pour un monde que j'aime, raconter les pensées qui sont bonnes et agréables à contempler. À méditer. Et qui fourmillent intérieurement. N'attendant peut-être que la libération. Et l'accueil.

Je ne pense pas désirer autre chose de plus précis en ce moment. Rien d'autre que l'éclosion d'un bourgeon qui tend à s'ouvrir et à se métamorphose en feuilles ou en fleurs. Je ressens toujours le même appétit de vivre l'arrivée et le départ des saisons. Cueillir les herbes et les fruits, glaner. Butiner.

Avoir pleine conscience, comme toute la journée d'hier, du magnifique soleil qui éclaire et réchauffe la ville, la terrasse [avec l'homme qui commence déjà à tailler les vignes], la cuisine et la moitié du salon. Cette lumière inattendue m'indiquait la route à suivre, me signifiait le retour des énergies vitales. Tu es prête à donner de nouveau, vas-y. Prête à donner, moi ? Mais donner [écrire] quoi ? Je n'ai pas encore trouvé.

Au lieu de chercher, j'ai décidé de m'asseoir devant une nouvelle page blanche. Pour y déposer cela. Rien que cela. Comment je me sens ce matin. Comment je me sens pleine de vie en devenir comme une semence gorgée d'eau, prête à éclater. Et que c'est divinement bon.

J'apprends tout à l'heure à la radio que les premières oies blanches sont arrivées, quelque part au Québec. Recherche rapide. Découverte du site http://www.migrationdesoies.ca où je lis que la migration printanière, celle qui fait remonter les oiseaux du sud vers le nord est réellement commencée. Des oies auraient été vues dans la région de Nicolet-Yamaska et autour de Montréal.

Je lis aussi, sous la plume du biologiste Benoît Gendreau, que :

[...] de bons mouvements migratoires sont à prévoir pour la fin de semaine à venir. Ces mouvements se feront principalement sentir dans l’extrême sud de la province où le couvert de neige est pratiquement inexistant. Cette poussée migratoire sera principalement composée de migrateurs tempérés comme les oies, les bernaches, plusieurs espèces de canards et d’oiseaux noirs. Si nous sommes chanceux, il pourra s’ajouter les espèces suivantes: le pluvier kildir, la bécasse d’Amérique, le grand héron, l’hirondelle bicolore, le merle d’Amérique, le merlebleu de l’est, le moucherolle phébi et quelques espèces de bruants.

Par contre, dans la région de Québec, seules les corneilles migratrices auraient fait leur apparition. On y espère impatiemment l'arrivée des autres petits gibiers à plumes. Et que la neige fonde un peu.

Je suis mûre pour les semailles du printemps. Ce journal est resté en jachère assez longtemps.

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* Photo du jour publiée avec la permission de Jean-Pierre Bonin.