2. le mot du jour : castilléjie

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Castilleja elmeri
Source : By Walter Siegmund (Own work) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Connaissez-vous la castilléjie ? Si oui, vous avez de la chance. Moi, je l'ai découverte dans un livre il y a quelques jours. Avant ça, je ne l'avais jamais vue nulle part, jamais lue, jamais entendu prononcer son nom non plus.

Et pourtant cette voluptueuse fleurette pousse chez-nous à l'état sauvage. L'aurais-je croisée sans l'avoir remarquée ? Impossible. J'en aurais gardé une trace ineffaçable au fond de ma mémoire, vu qu'elle est ce qu'elle est, et rouge ! J'ai un faible pour cette couleur. Je suis certaine que si j'avais rencontré dans la nature ce buisson ardent, cette aisselle de rousse quelque part, je m'en souviendrais !

Et son nom c'est pareil. Un mot comme celui-là ne s'oublie pas. C'est comme « Agapanthus campanulatus » ou « Echinacea purpurea ». La plupart des fleurs portent des noms magnifiques.

Découverte d'une fleur que je ne connaissais pas dans un roman, donc. Il s'agit de Un oiseau dans la maison, de Margaret Laurence

À la fin du premier paragraphe du chapitre éponyme, à la page 141, j'ai buté sur un mot nouveau et je l'ai souligné [vieille habitude d'écolière studieuse] :

Elle continua de claironner des hymnes à tue-tête, de prendre un bain tous les quinze jours, et les poils roux ne cessaient de fleurir comme un buisson de castilléjie écarlate sous ses aisselles.

Moi qui m'imaginais connaître plein de noms de fleurs, j'en suis presque tombée en bas de mon lit. - Tu lis au lit, me direz-vous ? - Oui. C'est là que j'aime à lire quand je trouve un bon roman avec le mot « oiseau » dans le titre. Dans mon lit, ou bien dans mon bain. C'est que je me sens très très triste ces temps-ci, et lire des romans me fait du bien. À part l'écriture et le jardinage, je n'arrive plus à faire grand chose de mes mains.

On trouve de tout dans les romans, pour peu que l'on s'y intéresse, et principalement leurs moindres détails, qui croyez-en ma vaste expérience du sujet, n'ont rien d'anodin. La plus petite d'entre ces perles échappées du collier imaginaire de l'écrivain donne souvent une couleur ou une saveur toute particulière à un récit et vous le rendra attachant. Certains détails ont même ce pouvoir de transformer une histoire qui aurait pu sembler ordinaire ou banale en un texte lumineux dont on se souviendra longtemps.

Plusieurs de ces « détails » sortis tout droit du quotidien réussissent à traverser le temps. Je pense à la petite madeleine de Proust que bien des gens citent pour évoquer le retour à la mémoire des souvenirs de l'enfance. Combien d'entre eux ont lu Proust ? Pas grand monde. Oups, évitons de changer de sujet.

Pour en revenir à mon idée, je disais donc que l'on trouve de tout dans les romans. Les bons. C'est fascinant. Les maisons, les jardins, les vêtements, ce que les gens lisent, mangent ou boivent.

Des livres sont même fabriqués à partir des romans, surtout des livres de cuisine. J'ai déjà vu en librairie les recettes de Flaubert, et plus récemment, celles des oeuvres de Michel Tremblay. Imaginez un peu le travail : lire attentivement et recenser tous les plats que les personnages préparent ou mangent et puis ensuite les recopier, je crois. Je rigole toute seule quand je pense à ça. Pas que je trouve l'exercice inutile, bien au contraire, et même s'il l'était, pourquoi pas un brin d'inutilité dans cette vie. Ça et votre propre gueule dans le miroir, c'est tellement moche parfois. - Et puis il y a des jours, on ferait n'importe quoi pour avoir le sentiment d'exister. Autant s'imaginer personnage de roman et manger ce qu'ils mangent. Je ne l'ai pas fait, j'en suis pas rendue là. Quoique je m'intéresse à la bouffe et aux boissons dans les fictions [entre autres détails succulents]. Et encore plus aux fleurs et au jardinage fictif.

Quelque chose que j'aime bien aussi découvrir, ce sont les extraits ou citations d'écrivains/romanciers dans les livres de botanique ou dans les fiches botaniques des encyclopédies ou autres gros bouquins comme la Flore Laurentienne ou les fiches du jardin botanique de Montréal, j'en ai déjà trouvé aussi dans l'Encyclopédie de l'Agora. Je ne sais même pas si tout cela existe encore. Pas le temps de chercher ce soir si je veux finir cette satanée page et qu'elle ne mesure pas trois pieds de longs. Autant en garder un peu pour demain. Il me reste encore tant de choses à écrire au sujet de la Castilléjie. - Il y aura une suite. sir ? - Yes sir. Une fois n'est pas coutume.

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