1. ça y est, je vole

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J'ai longtemps cherché comment vivre à Montréal comme au temps de Henry David Thoreau. Comme dans Walden ou la vie dans les bois.

Je crois, j'ai toujours cru qu'il devait y avoir un moyen. Des moyens. Et j'ai cherché. Après tout, il y a de grandes similitudes entre les villes et les forêts. Entre les villes et les jungles humides et vert sombre. Et les déserts aussi.

J'arrive au terme d'une incroyablement longue et incontournablement plate méditation, et je crois avoir trouvé le maillon manquant à mes raisonnements.

J'arrive à une croisée des chemins de ma vie où je ne me reconnais plus moi-même.

Je sais déjà par où commencer, et je le ferai devant témoins : pour le prochain cahier, qui commence aujourd'hui, je m'engage à écrire une page par jour sans jamais déroger du sujet.

Une page par jour. Facile, me direz-vous.

Au contraire, vous répondrai-je. Publier une page par jour dans ce journal n'est pas de tout repos. Juste pour celle-ci, il m'aura fallu mariner dans ma baignoire à pattes presque toute une journée. Et j'y retournerai aussi souvent et aussi longtemps qu'il faudra.

Toute cette saison-là, il fut rare que j'eusse un visiteur. Lorsque la neige était le plus épaisse, il se passait toute une semaine sinon deux sans qu'un promeneur s'aventurât près de ma maison, mais j'y vécus aussi chaudement qu'une souris des champs, ou que le bétail et la volaille qu'on dit avoir longtemps survécu dans des tourbillons, même sans nourriture ; ou comme la famille de ce colon des premiers jours de la ville de Sutton, dans cet État-ci, dont la maisonnette, complètement recouverte par la grande neige de 1717, alors qu'il était absent, fut retrouvée par un Indien grâce au trou que l'haleine de la cheminée avait fait dans le tourbillon, ce qui sauva la famille.

[Extrait de Walden, page 263]

J'ai découvert cet hiver quelque chose de très important : je n'ai pas besoin d'écrire pour vivre, j'ai besoin de vivre pour écrire.

Vivre. C'est ça le problème. Et pour en revenir à mon sujet, le problème est le suivant : j'ai perdu l'habitude d'écrire sur le web. C'est grave. J'écris pourtant tous les jours et tout le temps, et Je ne saurais plus faire autre chose.

Avant, alimenter un journal personnel public c'était comme une sorte de moteur. Quelque chose de stimulant.

La question que je me pose aujourd'hui est la suivante : comment ça se fait que ça, que cet acte d'écriture-là en ligne ne m'anime plus autant qu'avant. Avant quoi, avant qui ? C'est ça la question.

La poser n'attendra sagement pas de réponse. Je regarde ailleurs.

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