4. sortie de secours

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Hier matin, j’ai eu la surprise de découvrir ma première fleur de pavot. Les pétales aussi vaporeux et tournoyants que les jupes d’une danseuse espagnole. Vous savez, cette danse avec des castagnettes, le dos et les poignets très mobiles et très cambrés. Flamenco. Des pavots orange presque rouges avec un coeur du plus profond noir. Et je me suis dit vite, va faire une photo : c’est aujourd’hui que tu reprends le journal. Et puis rien. Vu arriver midi. Pas écrit une ligne. Si ça continue comme ça me disais-je ce matin, je ferai comme l’autre jour. Je m'absenterai encore à mon propre journal. Aux autres. Ou à moi-même. C'est pareil.

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L’autre jour, c’était le 19 mai. Admiré les longs pieds de vignes tressés et cette ouverture en forme de porte [sans porte] sur la terrasse. Cette fois aussi, j’avais ressorti mon appareil photo. Mais avec l’éclat du soleil, la lumière et la beauté des choses étaient si difficiles à capter que les images m’ont déçue. Malgré tout, j’ai ouvert mon éditeur de texte [dotclear] et j’ai commencé une page de journal dont le titre était « sortie de secours ». J’avais des tas de choses à raconter, qui mijotaient. Trop en fait. J'ai dû me laisser décourager devant le flot déferlant des quotidiennetés ordinaires, et je n’ai pas même écrit le premier mot de ce brouillon tout juste bon pour la poubelle.

Bref, c’est n’importe quoi sauf simple et facile de retrouver le bout du fil échappé de l'écheveau.

Quelques uns m’ont écrit. Dit que mes écrits manquaient.

Si vous saviez comme ils me manquent à moi aussi. Je ne savais même pas quoi répondre à ces amours-là.

Faire des listes de sujets ne m’aurait donc servi à rien. Mes innombrables et redondants sujets m’auraient-ils joué un vilain tour, jeté un mauvais sort ?

Mais les choses sont bien plus simples qu’elles ne paraissent. Le manque de disponibilité intérieure et le manque de temps, combinés aux contingences du quotidien, ont ce pouvoir de m’éloigner de l’écriture aussi follement que la panne sèche, la crampe dans les mains, l’angoisse de la page blanche ou la mort de l’ordinateur et son clavier. Arf.

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Il se trouve que j’ai déménagé. Trop occupée pour écrire. Ça m’a pris presque deux gros mois pour me déterminer à partir, un autre pour dénicher l'appart. perle rare, un autre gros mois pour tout emballer, trier, donner, jeter, transporter. Et l’autre mois, celui qui vient de passer, ç'a été pour nettoyer, déballer, ranger, décorer, et faire mon nid. Alouette.

Quant à mes chères plantes, j’ai mis plusieurs vivaces dans des grands pots et les ai transportées en ville. Le reste, soit je l’ai donné à ceux qui ont un lopin de terre quelque part, soit je l'ai laissé à ceux qui reprendront la maison de L. Je suis contente, je me suis déniché un logement équipé d’une immense terrasse en partie recouverte de vignes à raisins [de table] à l’arrière, et de vignes vierges à l’avant.

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On dira quoi, elle a encore changé de pays et de maison, qu'elle doit bien aimer ça déménager, qu'elle est instable, nomade ou même folle. On dira ce qu'on voudra. Je suis tout simplement revenue vivre à Montréal. Et maintenant que j’y suis, j’y resterai longtemps. La ville m’a trop manqué. Ça paraît drôle à dire mais ç’est ça qu’est ça. Cette fois, j’ai fait le deuil de la vie à la campagne pour tout de bon. C’est trop dur toute seule de vivre dans une maison au milieu de nulle part et l’hiver est trop long, si froid. J’ai bien entendu pensé au jardinage qui allait me manquer en été et aux feux de bois en hiver. Le chauffage au bois, j’oublie ça définitivement. Ici, pas de foyer ni de cheminée. Ils disent que l’électricité coule dans nos veines, on va faire avec. Pour le reste, à moi les interminables errances dans les ruelles et dans le vieux port. À moi le jardinage urbain [sauf que pas de poules ici non plus]. C'est plein d'écureuils, et d'oiseaux. J'ai même vu des abeilles. Le soir, j'éteins toutes les lumières et j'attends le retour des lucioles.

ligne grise

Tournée matinale. Encore des pavots : ce rose-là s'est ouvert durant la nuit.

le pavot du jour : comme s'il voulait s'évader

le pavot du jour : comme s'il voulait s'évader

le pavot du jour : s'en approcher sans lui faire peur

le pavot du jour : s'en approcher sans lui faire peur

le pavot du jour : au coeur de la fleur

le pavot du jour : au coeur de la fleur

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