entre sujet ondoyant et sujet objet

Retour à la base. J'ai opté pour un déshabillage extrême des lieux, pour la plus stricte simplicité. Nouvelle présentation, donc. Nouveau look [pour faire ma snob, je mets des mots anglais, arf] que je n'ai pas terminé. Loin s'en faut.

La base, la source, ce qui m'anime depuis le début de mon journal en ligne, c'est de donner la première place à l'écriture. J'ai pourtant emprunté quelques chemins de traverse ici et là, j'ai bien caracolé et butiné. J'avoue mille et une errances. Mais mon petit cheval fidèle me ramène toujours à la maison, peu importe la longueur ou la profondeur de mes détours et quêtes multiples.

Avoir envie d'écrire, c'est bon. Mais le faire, c'est encore mieux. Pour me discipliner, j'avais commencé à dresser par un beau soir d'automne la liste des sujets dont il sera question dans ce journal pour la prochaine année. Avec l'intention d'avance avouée de publier toute la liste dès que possible, d'un seul coup. Comme ça, pas de surprise. Rien d'inattendu.

Une liste de mes 52 futurs sujets, dans l'idée, vous l'aurez compris, d'écrire au moins une nouvelle page par semaine [un sujet = une page].

J'ai vraiment envie d'encadrer le processus, de m'auto discipliner ou encore de me fournir une manière d'incitatif extérieur mais tout de même très personnel, ou pour mieux dire, un projet un peu plus formel que celui de l'attente bête que l'imagination ou le sujet me tombe dessus par hasard, que l'imaginaire sinon l'imagination se débrident et que je finisse par pondre. Ouch, comme dirait la poule en regardant son oeuf carré toute échevelée, déconcertée et le bec de travers.

J'avais déjà noté quelques bonnes douzaines de sujets qui me trottaient dans la tête, ça cogitait rondement. J'en aurais facilement pour six mois me disais-je, et sans forcer. Une page au sujet de la méditation, une autre pour ma rupture avec la télévision, une sur la procrastination [avantages, inconvénients : je voyais les titres valser et tournoyer|, une sur les baignoires à pattes, les bains moussants, le livre le plus poche que j'ai lu, une page au sujet de ce qu'il m'est essentiel de régler avant l'été prochain, une sur le lâcher prise, sur les cheveux pleins de frisous le matin, et d'autres comme manger plus de légumes, faire du yoga, courir moins vite, sur comment finir un recueil de nouvelles, en finir avec les ateliers d'écriture, réviser une novella à publier en ligne, etcetera, etcetera.

La liste de mes sujets s'allongeait et ça déboulait comme un archipel de billes aux abois lorsque je me suis accrochée dans le mot « sujet » qui redondait tout le temps.

J'ai mis la liste de côté. Entrevu que le mot porte sont lot de significations fort diversifiées et parfois même quelque peu contradictoires. Disons encore plus contradictoires et « ondoyantes » que l'homme lui-même. En chipant le sujet et son épithète entre guillemets à Montaigne : « Certes, c'est un sujet merveilleusement vain, divers, et ondoyant que l'homme. » J'adore. D'autant plus que le sujet fournit de l'eau à mon petit moulin.

Alors je me suis habillée chaudement et je suis sortie réfléchir au sujet en marchant dans le froid de novembre qui est bien le plus sournois et imprévisible de toute l'année.

On dirait qu'une fois la première neige tombée, la froidure est moins stressante, moins piquante. Bref, c'est en marchant que les idées se mettent le mieux en branle et que la clarté se fait [dans mon cas]. Mais ça, c'est un autre sujet qui pourrait se retrouver dans ma liste.

Dans un journal, on pourrait croire que le seul et unique sujet c'est soi-même. Oui, mille fois oui. Parce que tous les « sujets » dont je traiterais, tous les sujets en question dans les billets le seraient selon mon regard, point de vue, selon mes perceptions, émotions : selon ma subjectivité [curieux que ce dernier mot surgisse justement à ce point-ci]. Autrement je me limiterais à constater et rapporter ce que untel ou madame tartempion pense ou dit ceci et cela.

Je crois que la question du sujet de l'écriture dans le journal en ligne est au coeur du silence qui s'installe après quelques années de déshabillage sinon de babillage sur la place publique, même si la mise à nu n'est pas tout à fait réelle. Le langage étant ce qu'il est, le sujet « je » ne sera jamais plus qu'une représentation. Une image ? Non, juste un petit morceau d'image. Mais un fragment qui a son importance. Lui seul est porteur de ma vérité. Le reste relève uniquement de l'interprétation, lire la traduction faite dans son propre langage, avec ses propres référents, par la personne qui lit et se projette dans l'autre.

Ça peut sonner lieu à bien des télescopages tout ça. Reste que, comme l'a écrit Benveniste, « C'est dans et par le langage que l'homme se constitue comme sujet. » [télescopages ou pas]

Sur ces sages paroles, je retourne à mes bidouillages [la page des archives est affreuse !]

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