Première infidélité à mon écran hier soir.  Vers 22 heures, je m'installais dans mon lit selon mon set up préféré : le corps enfoui sous la couette en duvet cramoisie géante, le dos supporté par une montagne d'oreillers bleus rouges jaunes et verts, les yeux à demi fermés par la lumière dorée et tamisée de la vieille lampe de chevet, je respirais enfin un peu mieux, le nez déjà glacé par l'air coulant sur moi depuis la fenêtre ouverte; je n'avais pas oublié l'assiette de gros raisins rouges et le verre d'eau froide, placés à distance et position ergonomiques afin de pouvoir m'y ravitailler à volonté sans me fatiguer.

C'est dans ces conditions que j'ai succombé à la dernière des voluptés que je ne saurais jamais me refuser.  Lentement, j'ai ouvert mon cahier noirBlueline et j'ai écrit mon vrai journal du 23 septembre avec un stylo Bic à pointe moyenne.

J'ai rechuté !  Shame on me ! Dire que je me voyais déjà diariste virtuelle du mois avec ma photo affichée au MacDo des webjournaux.  Je regrette, mais jamais au grand jamais je ne pourrais me retrouver aussi paresseusement et confortablement bien devant mon PC. Pas question que j'abandonne mon cher cahier.

C'est décidé, je garde les deux. Coudonc, avec moi, ça fait trois ? Quel beau triangle amoureux ! Quelle expérience magnifique, cette relation double avec le journal ! Bien évidemment, c'est une toute autre relation avec les mots que je vivais là, seule avec moi-même et avec ma fiction intime quand je trace les lettres sur le papier. Ça va au-delà du dicible.

J'avais pensé faire ici la transcription de ce billet manuscrit, en italique pour la mémoire, et pour essayer d'y voir un peu plus clair, mais je n'en ferai rien, chaque écriture devant rester à sa place, celle de sa genèse.

Aujourd'hui dimanche, dieu et moi nous vîmes que cela était bon et nous décidâmes de nous reposer. Par nostalgie des temps anciens, chaque dimanche, j'allume des chandelles et je ne fous rien (sauf écrire et manger et...) de ma journée d'athée un peu désuète. Va pour le passé simple, mais je ne suis pas encore tombée dans le plus-que-parfait du subjonctif.  Des fois, j'aimerais ça que les cloportes de ma terrasse n'eussent pas tous fui loin de moi.

Et je pense aussi à mon très cher G., pas trop. Sur le web, le cloporte connaît son heure de gloire.  J'ai trouvé plusieurs sites qui en parlent. Et le Le Petit Robert dit que Cloporte = « Nom masculin. Petit animal anthropode qui vit près de habitations sous les pierres, dans les lieux humides et sombres », « fourmillant de cloportes et d'insectes dégoûtants » (Gautier). Au figuré : « Vivre comme un cloporte, confiné chez soi. » Péjoratif : « individu répugnant, servile. » Sans vouloir contrarier Monsieur Gautier, je ne vois pas en quoi les insectes seraient plus dégoûtants que l'homme et sa fiancée.