J'ai très peu dormi la nuit dernière. Trop bu de thé, hier. Le thé, pour écrire, ça vaut mille fois mieux que le vin, l'eau, le café ou tout ce que vous voulez. Sauf que le dernier était de trop. Vert.

Depuis le temps, je devrais savoir que je ne peux pas boire de thé vert passé midi sans payer la note avec une nuit. Blanche.

Mais l'insomnie n'était pas juste la faute au thé. Il y avait aussi cette obsession de continuer à écrire mon histoire. Je m'obligeais à rester couchée pour me reposer, tournais d'un côté, de l'autre, sur le ventre, sur le dos. À tisser des noeuds dans les draps.

Finalement je suis arrivée au bureau avec un visage à la Picasso. Pour prendre de l'avance, j'avais fait une demi page dans la soirée d'hier et le tiers du reste avant de me rendre au travail. Tapé les deux derniers tiers tout à l'heure. 

Ça été un peu long parce que j'ai cherché un passage dans la Bible pour le réécrire entièrement. Pas le choix :  pas une seule traduction ne dit la même chose que sa voisine. 

Mais le livre de Josué, je vous dis, c'est t-e-r-r-i-f-i-a-n-t. J'aurais juré, par grands bouts, que c'était le récit des tueries du jour à Gaza [et plusieurs massacres horribles de Josué se passent à Gaza en plus, brrr.]

Plus les siècles passent, moins l'insanité [est-ce bien un mot, ça?] humaine semble capable de virer de bord.

Tout ça pour dire que le troisième épisode débute comme suit :

    La cueillette commençait vers le 15 juillet. Les lins, trop difficiles à couper, devaient d'abord être arrachés et déposés au sol sous forme d'andains par les religieuses arracheuses. Rapidement après l'arrachage, il fallait écapsuler les plantes pour récupérer les graines qui, après avoir été triées et traitées, serviraient de semences pour l'années suivante ou seraient transformées à des fins culinaires.

    Il fallait laisser les lins au sol entre deux semaines et deux mois, selon la température, pour le rouissage, procédé naturel destiné à favoriser l’extraction des fibres en les laissant bénéficier d'un juste dosage de pluie et de soleil. Les petites soeurs retournaient souvent les pailles en cours de rouissage pour obtenir un résultat homogène, jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment sèches. C'était beaucoup de travail. Suivait le teillage, dernière étape, qui consistait à séparer les pailles de la fibre, avant peignage et filature. 

    Pendant des jours et des jours, le lin était peigné et filé puis le fil tissé et, pour finir, on étendait la toile sur l'herbe où elle blanchissait, puis on la lavait et la relavait jusqu'au moment où l'on avait l'impression qu'une bordée de neige était tombée autour des murs du monastère.    

Savoir que le lien : la page blanche, page 3, vous conduira vers la suite. Il restera à peu près deux autres pages. Pas certaine de pouvoir écrire demain, même raison qu'hier (cette fois je travaille à 58 km d'ici), et puis, il faut que je dorme cette nuit, j'ai les yeux qui brûlent. Rouges.