9. 1640

Le bleu du ciel a pris couleur de neige. Les cristaux blancs fleuris et farineux s'empilent si haut que je ne vois plus la maison de ma vieille voisine [morte à la mi-janvier]. Mais ce n'est pas une raison pour me priver de lire La frontière en pyjama un samedi matin. L'incipit, fabuleux, ne cesse de m'obséder : « En 1979, j'ai écrit que j'espérais être lu en 1640. »

Dans le dossier « Pascal Quignard » paru dans la Revue des sciences humaines (no 260, oct.-déc. 2000, Lille), Francis Marcoin écrit :

Ce vœu, « J'espère être lu en 1640 », il l'avait formé dans le XIVe de ses Petits Traités, « Noésis », mais l' Avertissement de la seconde édition de Carus nous dit quelque chose du même ordre : « Chaque roman a le saint qui le protège, le lecteur ancien qu'il rêve... »

Et ce journal ? Il a aussi le lecteur ancien qu'il rêve. Le saint qui le protège, je n'en ai jamais douté. Si j'ose imiter Quignard j'écrirai que j'espère être lue en 1582. Et j'ajouterai, non pas en incipit mais au bas de la page 9, celle du 16 février 2008 :

J'espère être lue en 1582, pendant les 10 jours omis lors du passage du calendrier Julien au calendrier Grégorien.

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