Le chat s'adapte bien. Il ne mange pas beaucoup, il dort tout le temps ou presque. Il refuse toujours d'aller dehors. Je n'insiste pas. C'est un bon chat. J'essaie de lui faire passer la vilaine habitude de monter sur les tables, comptoirs et autres espaces qui ne sont pas pour lui. Quand je lui dis : descends de là tout de suite, il obéit. Jusque là ça va, je le félicite et lui dis : bon chat. Mais il ne retient pas la consigne et recommence à grimper partout quelques heures plus tard comme si de rien n'était. Autre mauvaise habitude, il boude sa propre bouffe et quémande la mienne en me tournant autour sans arrêt quand je mange, il essaie même de la chiper dans mon assiette ou dans les plats que je laisse à la cuisine. J'apprends à les couvrir ou à les ranger immédiatement pour les mettre hors de sa portée.

Les chats n'ont-ils vraiment aucune mémoire ou bien le font-ils exprès pour nous faire suer ? Là est la question. Par ailleurs, il est super fin. L'autre soir, il était allongé près de moi dans mon lit et j'écrivais dans mon cahier. Il mettait sa patte sur mon crayon comme s'il voulait écrire avec moi. C'est pour ce genre de gamineries que je vais aimer ce chat, autrement, ce n'est qu'un sale emmerdeur comme tous ceux de sa race. Mais non, j'exagère encore. J'aime son silence à la folie. Son silence est très très présent, et enveloppant. Ce chat est le plus silencieux qui soit. Son silence me fait du bien. Et je m'en fous totalement et complètement qu'il monte sur les tables, je lui dirai de descendre et puis c'est pas plus mal. Sauf que mon assiette, c'est pas touche minou. Tiens, et si je le soumettais à quelques savants jeux de mémoire pour l'entraîner. Ou juste pour voir ?

On verra. Côté souris, j'en ai vu une hier matin. Elle était près du grille-pain et elle a sauté en bas et couru se cacher sous le lave-vaisselle dès qu'elle m'a vue arriver. Il doit y avoir une ouverture vers la cave dans ce coin-là.

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Je n'ai jamais eu peur des souris. Pour vrai. Mais il est hors de question que je les prenne en résidence ou que je les héberge de quelque façon que ce soit. Et le chat ? Pendant que je traque la souris, et que je bouche les ouvertures autour des tuyaux sous l'évier, le monsieur il dort.

J'ai donc opté pour me rendre à la quincaillerie séance tenante et j'ai acheté deux trappes Victor. Souris et trappes, telles que sur les images. La première dénichée sur wikipedia à la page souris, et l'autre artistiquement plagiée sur le plancher de ma cuisine.

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J'ai bien lu les renseignements et le comment faire sur l'emballage. Ensuite j'ai appâté et mis les petits pièges le long des murs hier vers 16 heures : du bon beurre d'arachides et des miettes de pain. Et ce matin, rien. Mes pièges sont vides. Par ailleurs, pour la première fois, le chat n'a pas dormi avec moi et il a passé la nuit en bas. Aurait-il profité de mon sommeil, à la faveur de la nuit et de la belle grosse pleine lune dorée pour se "faire" une souris. J'espère que oui.

J'ai fini de lire L'Invention de la mort, de Hubert Aquin. Écrit vers 1959 - 60, ce livre n'a été publié qu'en 1991, des années après la mort de son auteur. Comment un livre pareil avait-il pu laisser les éditeurs indifférents ? C'est une oeuvre forte, terrible, et très sombre. Tout à fait baroque. L'un des plus grands livres écrit au Québec dans ces années -là, sinon le seul.

J'ai souligné de nombreux passages. Pour le revoir, relire, apprécier lentement. Dans le plaisir du mot à mot.

Lu les trente premières pages de Cioran, Ébauches de vertige. Noté ceci :

Je n'ai l'impression d'être efficace, d'être dans le coup, de faire quelque chose de positif, que lorsque je m'allonge pour me livrer à une interrogation sans fin et sans objet.

C'est tout à fait ce que je ressens quand j'écris ce journal. Sauf pour le "être dans le coup". Je ne sens pas du tout que je suis dans le coup. Mais en dehors de la mêlée. Toujours et bizarrement "à part". Et j'en suis fière. Pas envie d'être dans le coup. Mais "sans fin et sans objet", mille fois oui. Et que cela soit quelque chose de positif, je l'ai appris avec le temps et je n'en doute plus.