et voici the chat

Je suis revenue hier après-midi avec un chat. C'est l'un des fils de Lubie, issu de son avant-dernière portée, tigré comme le père, et beau comme la belle Lubie qui doit vivre comme une reine dans l'une des maisons en bas de la côte depuis qu'elle est partie.

Le chat s'appelle Spike. J'ai envie de le rebaptiser avec un nom issu de la mythologie ou de la philosophie mais je n'ose pas trop prendre cette liberté avec la question de l'identité. Si j'ai importé ce chat du grand Monrial, 1/c'est parce qu'il était très déprimé et vivait misérablement en pleurant toute la journée et en se cachant sous les meubles, il devait avoir un problème de territoire parce qu'il était comme ça depuis l'arrivée d'un nouveau petit minou dans le taj mahal de la rue Fabre; et 2/ parce que j'en avais pas et que j'aime beaucoup ce chat-là; et 3/parce qu'ici il y a quelques petites souris dans la cave, je crois. Monsieur S. semble bien se porter, il mange et il boit, il va dans sa litière, mais il ne sourit pas beaucoup. Il n'a pas pleuré, pas longtemps, juste un peu hier soir et pour le distraire, je l'ai sorti dehors sur la galerie pour lui montrer la neige, il a humé l'air glacé et il a eu l'air content. Il a dormi sur le pied de mon lit et il a ronronné ce matin, il a bien mangé. Il monte sur le bord des fenêtres et quand il entend le sifflet du train qui passe, il dresse les oreilles. Il a visité toute la maison hier soir. Maintenant et depuis une heure environ, il dort sur un coussin rouge. C'est lui.

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Le chemin du retour n'a pas été facile because la neige qui tombait drue par endroit et la chaussée glacée. J'ai finalement rapporté une bonne provision de livres. Je n'ai pas tout trouvé. Au moins, j'ai pu aller chez Olivieri vendredi après-midi et là j'ai mis la main sur quelques autres H. Aquin : une édition critique de L'invention de la mort, et les Récits et nouvelles. Pas trouvé le Signé Hubert Aquin, je veux le lire absolument mais pas l'acheter, je l'emprunterai à la bibliothèque. Contente, j'ai enfin trouvé le Kierkegaard [Le concept de l'angoisse], et un Cioran qui m'a attirée avec son beau titre : Ébauches de vertige qui tombe à point. En voici un court extrait qui me fait plus que sourire:

C'est une erreur de vouloir faciliter la tâche du lecteur. Il ne vous en saura pas gré. Il n'aime pas comprendre, il aime piétiner, s'enliser, il aime être "puni". D'où le prestige des auteurs confus, d'où la pérennité du fatras.

Et cette autre insupportable et crue réalité, telle que lue en bas de la page 14 :

L'amitié étant incompatible avec la vérité, seul est fécond le dialogue muet avec nos ennemis.

Alors je défais ma valise, et je laisse dormir le chat. Et dans l'après-midi je fais mes gâteaux aux fruits et un long tour de raquettes sur la belle neige qui a tombé ici pendant que j'étais pas là.

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