le rêve du paon

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Minuit. Au chaud dans le lit, enfoncée dans un enchevêtrement complexe d'oreillers et de coussins, je lis. Le sommeil s'infiltre et s'insinue et m'alourdit les paupières. Je me glisse hors du texte et dépose le livre [Michel Onfray, Théorie du corps amoureux] sur la table, éteins la lampe et remonte la couette jusqu'au menton.

Je me tourne sur le côté droit, j'allonge le bras gauche dehors pour sentir l'air frais de la chambre, et de l'autre bras je serre un petit coussin de soie rouge décoré d'un paon aux plumes brodées avec des fils verts turquoises roses bleus et jaunes, des plumes avec de grands yeux noirs, je serre le coussin sur mon coeur et me voilà sur le point de dormir pour de bon. Mais pas tout de suite. J'ai soif.

Je rallume en tirant une autre fois sur le capteur de rêves suspendu au plafonnier blanc et je descends à petits pas pieds nus sur le bois frais des marches. J'arrive dans la cuisine aux fenêtres sans rideaux, ouvertes sur la nuit. Dans cette pièce il fait clair comme si on était au beau milieu du petit jour.

Je presse une grosse orange juteuse et je la verse dans un long verre, j'ouvre le robinet et je remplis le verre d'eau glacée. Je bois d'un trait l'eau du puits qui goûte déjà la bonne glace d'hiver à saveur d'orange. Dehors, il a neigé. C'est le grand silence blanc. La neige lumière. De ouate.

Je retournerai au lit et je rêverai, il pleuvra des plumes dans mes songes, des plumes de paon, et les oranges tomberont du ciel. Et dans ce rêve se réalisera mon plus cher désir, et la guerre finira demain.

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